Aline Isoz

CONSULTANTE EN TRANSFORMATION DIGITALE

Aline Isoz officie en tant qu’experte en transformation numérique auprès des entreprises et institutions romandes et est notamment membre du comité du Cercle suisse des administratrices, experte Vigiswiss (association suisse des data centers) et de conseils consultatifs. Depuis la création de son entreprise Blackswan en 2010, elle intervient régulièrement dans le cadre de conférences ou d’ateliers thématiques auprès de décideurs, d’administrateurs de société et commente également les enjeux liés au numérique dans les médias en tant que consultante, et en tant que chroniqueuse pour le magazine Bilan et le quotidien Le Temps. En 2015, elle a lancé alineisoz.ch, une initiative de coaching et d’accompagnement digital pour les PME romandes.

Parallèlement à ses activités professionnelles, Aline Isoz a mis sur pied une délégation suisse de femmes actives dans le numérique invitée à la Journée de la femme digitale à Paris

Tu quoque, mon ami?

C’est bien, les réseaux sociaux. Déjà, ça m’a permis de laisser mes « amis » décider du thème de la chronique du jour grâce à un petit sondage en ligne. Ensuite, ça permet de savoir ce que font vos « amis », s’ils ont des enfants, des loisirs, de l’argent (suivant leurs loisirs) et où ils travaillent. On peut même suivre certaines aventures de bureau quasiment en direct, grâce aux messages laconiques postés ci et là, à l’insu des regards des employeurs concernés.

« Dans mon réseau social » Linkedin, je vois les changements de poste, les anniversaires célébrant une année de plus passée au service d’une entreprise, les mises à jour d’expérience, etc. Et je vois le reste…

Cela commence souvent par une inertie imperceptible, indétectable à l’œil nu. En creusant un peu, on peut parfois deviner la fin d’une histoire entre un homme et une entreprise, un glas sous la forme d’un « - janvier 2013 ». Un frisson vous parcourt le dos: vous savez. Désormais, vos contacts comptent un chômeur de plus dans leur rang.

Après l’inertie du début, viennent les premiers frémissements virtuels: une nouvelle photo, une mise à jour des réalisations, quelques recommandations d’anciens collègues, puis une autre nouvelle photo (l’ancienne ne véhiculant pas assez d’entretiens), des contacts supplémentaires, plus précis, orientés.

Pendant ce temps-là, sur Facebook, les photos au ski, à table ou entre amis se font plus régulières, des applications de jeux font leur apparition sur le mur du « laissé-pour-compte », et en même temps que chute son score sur Klout, ses points accumulés sur Farmville augmentent.

Evidemment, une fois passée la période socialement admise (et variable) pour retrouver un emploi, les messages privés, les invitations virtuelles ou réelles passant par le virtuel se raréfient. Et après Farmville, on attaque le tour d’horizon des clips des années 80, des vidéos avec des chats, des enfants qui font des trucs absurdes, etc. Le chômeur est un excellent baromètre des buzz du moment…

Heureusement, le chômeur est encadré. Par des professionnels de la réinsertion au travail: les ORP. Cours de rédaction de CV, coaching d’entretien, formations complémentaires, liste d’offres d’emploi plus alléchantes les unes que les autres, toutes les chances sont mises du côté du futur candidat.

Sauf que… nous sommes en 2013, et 80% des recruteurs suisses consultent désormais les réseaux sociaux pour vérifier un profil, ses relations, ses compétences et ses activités annexes. Merci Google. Autant dire que ce que vous faites et ne faites pas est aussi privé que le sont vos paramètres de confidentialité, et que la perception que vous donnez de vous-même est donc fortement corrélée à vos compétences sur les outils 2.0.

Bien sûr, vous pouvez prier pour tomber sur un conseiller ORP 2.0 (allez voir sur Linkedin, ça ne court pas le web) qui vous explique comment faire votre auto-promotion sur les réseaux; vous pouvez également espérer que là où vous postulerez, le DRH n’ait jamais entendu parler de Facebook; vous pouvez compter sur une panne nationale du réseau qui empêcherait l’accès à Internet pendant plusieurs mois. Ou vous pouvez décider de prendre votre destin en main: vous présenter tel que VOUS voulez être vu, créer le contenu qui VOUS valorise, vous positionner en expert dans VOTRE domaine. En communication, on appelle cela le « Personal Branding ». Et ça marche.

Jusqu’au jour où nos enfants, tous de futurs experts en la matière, maîtriseront leur image de marque aussi bien que nous nos CV papier. Et où il faudra, alors, trouver une nouvelle façon de se démarquer, loin des CV sur Youtube (devenus has been entre-temps), des blogs d’experts auto-décrétés, des photos animées, des réalisations non vérifiables par les novices.

  « Je fais un rêve: qu’un jour, on valorisera l’expérience qui va de pair avec l’âge, la fougue qui va de pair avec la jeunesse, l’audace qui va de pair avec les personnalités fortes, le sens des responsabilités qui va de pair avec les jeunes mamans, l’envie qui va de pair avec ceux qui ont connu les bas.

 Je fais un rêve: qu’un jour, on sache se servir des réseaux sociaux pour lire entre les lignes et déterminer l’implication, la détermination, la générosité, les connaissances, la curiosité, l’autonomie, la capacité de gestion, la flexibilité, la mobilité d’un candidat… »

Tiens, une de mes relations sur Linkedin vient de commencer à un nouveau poste. A qui le tour ?

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."