<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Triomphe de l’embuscade

Le monde entier n’en revient toujours pas, tout comme une longue minorité de Suisses d’ailleurs. Comment un «machin» aussi improbable que l’initiative contre l’immigration de masse a-t-il pu passer? Le résultat des votations du 9 février oblige la Suisse à s’envisager comme une communauté arrêtée dans son développement et coupée du monde.

Que la population soit excédée par la crise du logement et des transports, c’est un fait. Il ne fallait pas pour autant s’interdire d’imaginer un pays plus moderne et plus ouvert, une Suisse qui invente de nouvelles manières de se loger, de se déplacer. Voire de réformer ses institutions si le cadre actuel ne lui permet pas d’évoluer assez vite. Car c’est là que le bât blesse.

La Suisse n’est plus la Suisse car son système politique est tombé aux mains de groupes en embuscade qui utilisent ses subtilités contre l’intérêt du plus grand nombre. Après le 9 février, la Suisse n’a pas un problème identitaire mais bêtement politique. Il y a tout d’abord la religion de la démocratie. Une fois que le grand mot en «D» est lâché, on ne peut plus débattre.

«La démocratie est le pire des régimes à l’exception de tous les autres», disait Churchill. Problème en Suisse, nous sommes sollicités par le pire des régimes beaucoup trop de fois par an pour avoir quelque chose d’intelligent à exprimer à chaque fois. Et sur un marché où le consommateur est saturé par des messages calibrés et techniques, ceux qui pratiquent l’«ambush démocratie» l’emportent. Le citoyen se fait alors piéger par les arguments faciles du marketing politique qui font appel aux peurs et aux sentiments les plus primaires.

Ensuite, il y a une ambiguïté pas assez relevée au sujet de l’UDC. En termes d’idéologie, ce n’est rien d’autre qu’un archaïque parti écologiste qui rêve de préserver la maison Suisse comme au bon vieux temps de grand-papa. En termes de propositions, sa composante économique et libérale n’existe plus et l’UDC ne rêve au fond que d’un communisme de droite, un Etat centralisé qui décidera souverainement de la manière dont il allouera des contingents. C’est le retour du cartel d’antan qui donnera naissance à une bureaucratie galopante et au trafic d’influence qui va avec.

Bref, le moyen idéal d’étendre encore sa zone d’influence à Berne et dans les cantons quand on est déjà le premier parti de Suisse.

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