Reymondinblaise2

MARKETEUR À L'ÈRE DU CLIENT CONNECTÉ

Blaise Reymondin a cofondé en 2004 l'une des premières agences spécialisées dans le web marchand. Aujourd'hui conseiller indépendant en marketing digital, il aide ses clients à comprendre les enjeux de la transformation digitale et tirer profit de l'Internet. A 46 ans, Blaise a collaboré avec plusieurs centaines d'entreprises et tissé des liens avec de nombreux dirigeants.

BlaiseReymondin.com

Tous uberisés

Qui aurait pu imaginer qu’en à peine cinq ans, les services en ligne Airbnb et Uber fassent vaciller des secteurs comme l’hôtellerie et les taxis ? Ces succès ne sont pourtant que les prémices d’une révolution annoncée par l’essor des technologies de rupture, qui vont venir défier l’un après l’autre les modèles commerciaux traditionnels. Et les emplois qui vont avec.

En toute logique, ce sont les branches du tertiaire qui vont être inquiétées les premières: programmeurs, ingénieurs, graphistes, spécialistes et consultants en tout genre, marketeurs, comptables, gestionnaires, juristes, designers, rédacteurs, traducteurs, chasseurs de tête, vendeurs, etc. Sans oublier les banquiers et assureurs, dont l’activité est sur le point d’être malmenée par les géants du net. 

La « freelancisation » des services

Des plateformes web préfigurent ce nouveau marché du travail atomisé, composé d’une armée d’indépendants oeuvrant depuis le monde entier. Le site oDesk est devenu leader aux Etats-Unis après la fusion avec son principal rival Elance. Il permet d’accéder à une force de travail considérable: un catalogue de plus de dix millions de spécialistes, totalisant 2500 compétences.

A ce jour, quatre millions d’entreprises utilisent ce véritable Uber des ressources humaines. Son fonctionnement est fort simple: les freelancers postulent pour accomplir les tâches publiées par les mandants; des missions qui peuvent aller de quelques minutes à plusieurs semaines. Mais c’est le client qui a le dernier mot pour décider à qui il va attribuer le job, selon les compétences affichées sur le profil, rendues crédibles par son rating; la note qu’il reçoit lorsqu’un projet est terminé. Et bien sûr en fonction du taux horaire ou forfaitaire que le client est prêt à débourser. 

Résister ou s'adapter ?

Dans un environnement chaque jour plus compétitif, qui pourra se permettre de snober ces nouvelles facilités ? Qui acceptera de payer encore le prix fort, en francs suisses, pour réaliser des travaux sans réelles valeurs ajoutées bien que nécessitant des compétences élevées ? Par exemple pour développer un site web, pour effectuer une « honnête » traduction de l’anglais au français, pour le montage d’une vidéo, le design d’une pièce mécanique en 3D ou d'un logo, pour programmer un module informatique ou réaliser une présentation Powerpoint. Par contre, une société daignera investir pour un site web capable de mieux vendre ses produits sur un marché difficile ou pour transcrire un texte au-delà de la traduction littérale... 

Alors pour ne pas se faire ubériser, on peut naïvement espérer un durcissement de la réglementation et croire qu’elle suffira à sauver les emplois d’une époque révolue. Mais l’on peut aussi prendre le pari d’une adaptation réussie, qui éviterait de mettre hors-jeu notre économie. Comment ? En cherchant à renouveler des atouts différenciateurs qui ne peuvent être délocalisés. Dans ce sens, le label suisse apparait comme plus précieux que jamais.

Et pourquoi ne pas se réapproprier la matière, celle qui ne se laissera pas imprimer en 3D ? Car pour tout le reste, il y aura la possibilité de faire appel à un uber-prestataire, d’un clic sur son smartphone.

L’ère de l’automatisation

A l’horizon de 2030, les voitures rouleront sans chauffeurs et de nombreux corps de métier auront substitué l’humain par des machines: dans les transports, la logistique, l’agriculture et globalement dans toute l’industrie. Même le chirurgien verra son activité bouleversée par les avancées de la microrobotique.  

Ce qui ressemblerait à un tableau de science-fiction du début du XXème siècle sera pourtant la norme dans moins d’une génération! Gartner prédit qu’un tiers des emplois sera sacrifié au profit de l’automatisation d’ici à une décennie. Et selon l'Université d'Oxford, d’ici vingt ans la moitié des emplois actuels auront été réaffectés à des machines.

Avec les progrès concomitant de la robotique, de l’intelligence artificielle et du Big Data, la marche vers l’automatisation va refaçonner notre monde. Des changements radicaux qui vont sonner l’heure de la réinvention forcée pour beaucoup de professionnels. Tout comme pour notre société qui va être contrainte de repenser le rapport entre le travail et sa rétribution, au risque d’engendrer une fracture sociale sans précédent.

Et si les innovations de ce début de siècle nous conduisaient tout droit vers une nouvelle forme de communisme ? Une hypothèse que les pionniers de l’économie de partage n'avaient sans doute pas envisagée.

 

Note: la fusion d'Elance et oDesk a donné naissance au début mai 2015 à Upwork.com 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."