<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Tous des sales types?

Il y a une quinzaine d’années, la presse économique scandait le thème: «Nous sommes tous actionnaires.» Ce qui correspondait à la prise de conscience  que, via nos fonds de pension, nous étions tous copropriétaires de sociétés cotées. 

Le thème de la corporate governance a alors émergé et, avec lui, l’idée que si nous étions détenteurs de titres, nous pourrions aussi exercer nos droits.

Et aujourd’hui? La situation a quelque peu empiré, pourraient prétendre ceux qui restent d’indécrottables critiques. En effet, après quelques crises financières telles qu’une méchante droite des subprimes en 2009 suivie d’un double uppercut sur le prix des matières premières en 2009 et en 2011, nous sommes passés au stade suivant. Nous ne sommes plus simplement des investisseurs, mais potentiellement tous des spéculateurs.

C’est logique: pour diversifier le risque, il faut tout à la fois ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier et, quand les placements traditionnels ne rapportent plus assez, savoir adopter de nouvelles saveurs: hedge fund, private equity… ou matières premières. En effet, quand un gestionnaire de fonds de pension comprend que ces dernières vont s’apprécier (la population mondiale passera de 7 à 9 milliards d’habitants d’ici à trente ans),  personne ne peut lui faire le reproche de croire dans ce qui va prendre de la valeur.

Sommes-nous pour autant des sales types sans le savoir, laissant nos retraites jouer avec des produits qui devraient demeurer hors du marché? Vous, je ne sais pas, mais moi je n’en ai pas l’impression. Tout d’abord, le marché et sa composante de spéculation restent plus efficients qu’un plan gouvernemental de production de céréales. La loi de l’offre et de la demande reste le meilleur régulateur que nous ayons trouvé, elle permet même d’intégrer la notion de risque écologique. De plus, si la spéculation n’existait pas, il faudrait l’inventer. Les marchés à terme ont été conçus il y a deux siècles pour se protéger des aléas climatiques et servent à se prémunir de toutes sortes de risques. Qui peut être contre un système d’assurance pour des raisons idéologiques? Ensuite, il faut encourager la spéculation: il vaut mieux un bataillon d’intervenants sur un marché plutôt que quelques-uns, l’offre et la demande se rencontrent ainsi plus vite et avec plus d’efficience.

Enfin, l’économie de marché est certes complexe, mais ce n’est pas une raison pour ne pas essayer de la comprendre. Sans pratiquer l’angélisme pour autant: les hedge funds et le trading des matières premières doivent encore faire preuve de transparence.

Et après? Il y aura toujours des crises, car le paradis n’est pas de ce monde. Mais l’enfer existe encore plus sûrement et des notions comme la décroissance et le refus du progrès pavent sa route.

STÉPHANE BENOIT-GODET RÉDACTEUR EN CHEF

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