Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

TOURISME/L'Italie croule sous ses visiteurs, mais ils se diversifient un peu

Crédits: DR

Le tourisme de masse est à l'ordre du jour. Des hordes envahissent Berlin, Barcelone, Amsterdam ou Lisbonne. On sait que les vrais habitants commencent à se sentir mal. Il ne sont plus chez eux. On parle parfois d'instaurer des numerus clausus. Dans la Cité des Doges cet été, il y avait ainsi près de la gare de Santa Lucia des portes ouvertes ou fermées dans la rue principale menant au centre. Accès autorisé ou non. Notons que rien n'empêchait les touristes un peu futés d'emprunter un autre chemin. L'idée fondamentale demeurait de répartir les flux. 

Mais quelle est exactement la situation italienne? J'ai sous la main les chiffres de 2017. Ils ne sont pas tombés tout seuls dans ma petite menotte. Je les tire du mensuel édité par Trenitalia, qui a lui-même piochés dans les statistiques du Centro Studi Turistici de Florence. Un gros article propose du coup le décompte des voyageurs. Pour avoir une idée réelle de la situation, le chiffre de base est celui de 2010. Celui d'arrivée de 2017. Tout commence cependant par des généralités. De 2016 à 2017 le nombre des visiteurs a augmenté de 2,3 millions pour arriver à 43,8 millions. Plus de 60 pour-cent d'entre eux sont des étrangers, le tourisme intérieur restant très important. Il est vu comme un signe positif que la durée des séjours ait rallongé. Plus 22,5 pour-cent entre 2010 et 2017. Les musées et sites archéologiques ont ainsi accueilli l'an dernier plus de 50 millions de visiteurs, ce qui fait 31 pour-cent de plus qu'en 2013, utilisé ici comme année de référence.

Le Colisée superstar 

Le grand problème, comme partout, reste que ceux-ci se concentrent. Beaucoup trop. Et que les chiffres des monuments célèbres continuent leur escalade. Le Colisée, qui vient comme toujours en numéro un, a ainsi passé de 6 408 779 visiteurs en 2016 à 7 036 104 en 2017, ce qui représente un gain (si l'on ose dire...) d'environ 10 pour-cent. Idem pour Pompéi, qui a vu défiler en 2017 exactement 3 382 240 personnes. Bien trop pour un site fragile, même s'il a enfin connu des travaux de restauration. Il n'y en avait que 3 144 348 en 2016. Pour les Offices, qui montent sur la troisième marche du podium, c'est encore plus alarmant. Ce musée pour lequel les files d'attente peuvent atteindre la démence a vendu 2 219 122 billets en 2017 au lieu des 2 010 917 de 2016. 

D'une manière générale, le top-en reste fixe d'une année à l'autre. Un seul lieu a connu une chute de fréquentation, et encore bénigne. Il s'agit du Castel Sant'Angelo de Rome, numéro 5. Moins 6,4 pour-cent, ce qui ne change pas son positionnement. Notons cependant que le classement connaît un bond et une entrée. L'ascension est celle de la Reggia de Caserta, le Versailles des Bourbons napolitains. Plus 22,8 pour-cent, ce qui le maintient cependant à la neuvième place. L'entrée dans la liste avec le numéro 10 est celle du Palazzo Pitti de Florence, qui a connu une croissance de 22,5 pour-cent par rapport à 2016. Il progresse ainsi de 473 203 à 579 640, les jardins du Boboli attenants passant eux de 881 463 clients à 1 000 482. Il y a une bonne raison à cela. Le musée reçoit désormais ceux qui n'ont pas pu entrer aux Offices, les deux collections médicéennes entretenant de nombreux rapports entre elles.

Nouvelles destinations 

Tout cela peut sembler terrifiant. Il y a cependant des lueurs d'espoir. Elles sont fournies par des villes jusque là délaissées. Bologne a ainsi connu un accroissement de 55 pour-cent de ses touristes entre 2010 et 2017. Padoue de 55,6. Vérone, pourtant déjà fréquentée, est parvenue à attirer 62,7 pour-cent de personnes de plus. Cela peut sembler énorme, mais Naples fait encore mieux: 91,3 pour-cent. Le record semble pourtant atteint par Matera, dans le Basilicate. Dans les années 1960, personne n'y allait. Les «sassi», ces habitations troglodytes, passaient pour la honte du pays. Le symbole du retard atteint par le Sud. La mode et l'écologie ont tout changé. Matera, qui sera la capitale européenne de 2019, a donc gagné 176 pour-cent de touristes en sept ans. 

Tout cela ne va pas sans dégâts et sans excès. Prenez San Giminiano, la petite ville aux tours médiévales de Toscane. J'y étais en été 2017. Il y avait tant de monde, autour de midi, que les restaurants servaient leur repas aux affamés assis dans la rue sur des bords de trottoir. De quoi changer en profondeur l'âme d'un lieu qui par ailleurs se dépeuple inexorablement de ses indigènes. C'est là un des paradoxes. Plus de touristes signifie souvent moins d'habitants. Voir Venise, par exemple!

Photo (DR): L'image touristique de Matera, qui sera capitale européenne de la culture en 2019.

Prochaine chronique le jeudi 1er novembre. Le Musée Gulbenkian de Lisbonne montre la sculpture française du XIXe siècle. 

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