Koppel Peter

COFONDATEUR DU FORUM PME/KMU

Dans les années 80, Peter Köppel est chargé de cours en littérature française et comparée à l’Université de Zurich. Après une formation en analyse politique internationale, il devient consultant en entreprise à Saint-Gall. Il participe également à la rédaction du Livre blanc de David de Pury. En 1996, Peter fonde une agence de communication à Zurich. En 2009, il est l’initiateur et le coorganisateur du Forum PME/KMU pour le rapprochement alémanico-romand dans l'économie.

Thomas Held: Développons davantage les chaînes de création de valeurs en Suisse!

Traduction de la vidéo-interview ci-jointe avec Thomas Held, docteur en sociologie, ancien directeur d‘Avenir Suisse, commentateur économique et politique. 

 Peter Köppel: 

 Est-ce que selon toi les relations alémanico-romandes ont encore du potentiel au niveau de l‘économie?

 Thomas Held:

 Oui, je pense qu‘il y a un potentiel considérable, non seulement entre les régions romande et alémanique, mais dans tout le marché intérieur de la Suisse. 

Après avoir libéralisé ce marché durant les dernières décennies - évolution qui a intensifié les relations entre la Suisse romande et le reste du pays -, nous constatons aujourd‘hui une sorte de re-compartimentation. L‘on érige de nouveau des barrières, pas formellement, mais de manière informelle, phénomène que l‘on peut observer par exemple dans le secteur de la construction. Ce qui se passe dans ce secteur ne concerne cependant pas en premier lieu les relations alémanico-romandes, car ces barrières-là existent surtout dans les régions montagnardes ou dans les cantons qui s‘estiment exploités et laissés pour compte par les grands centres. 

Donc tu constates une re-cantonalisation des marchés des PME, dans la construction par exemple, et tu déplores cette évolution... 

 Oui, je trouve ça très négatif. D‘un côté, nous avons assisté à une forte internationalisation des chaînes de création de valeurs. J‘estime que la raison pour laquelle les PME helvétiques ont tellement bien survécu à la crise, c‘est l‘organisation en profondeur de leurs chaînes de création de valeurs via la délocalisation partielle des processus à l‘étranger, tout en gardant chez elles les processus les plus intenses. De l‘autre côté, on a oublié qu‘il y a en Suisse même un potentiel encore plus grand pour de telles chaînes de création de valeurs. 

 Tu dirais donc qu‘il faudrait, dans la création de valeurs, plus de coopération entre les entreprises en Suisse...

 Oui, et cela se fait d‘ailleurs, il existe des entreprises qui essayent d‘organiser leurs chaînes de création de valeurs de manière plus complexe à l‘intérieur du pays. Mais il est vrai que la frontière linguistique constitue une barrière qui rend les échanges plus complexes, et l‘on y est moins bien préparé. Mais au vu de l‘intensité des échanges entre la Suisse alémanique et l‘Allemagne du Sud, le Bade-Wurttemberg en particulier, et en considérant le type de production de ces échanges et leur contenu, on peut s‘imaginer qu‘une partie en pourrait se réaliser avec la Suisse romande.

Surtout quand on constate que depuis `95, l‘économie romande a beaucoup évolué et quasiment rattrapé la Suisse alémanique dans sa puissance...

 C‘est vrai, et l‘on n‘en aurait pas pris connaissance (en Suisse alémanique) si le BAK Bâle n‘avait pas publié les chiffres respectifs. Précisons cependant que le succès de l‘économie romande est en bonne partie dû à la mondialisation. L‘exemple le plus dramatique en est le commerce des matières premières. Là, un nouveau cluster est né dans l‘espace de dix à quinze ans. Il est absolument inouï d‘assister dans un tel laps de temps à une création de valeur de 3, 4, 5 pour cent du PIB, création concentrée sur un seul cluster nouveau. Ce phénomène aussi, on n‘en a pas vraiment pris connaissance en Suisse alémanique. On a eu beaucoup de succès en Suisse grâce à l‘internationalisation, mais les échanges avec l‘étranger se sont réalisés quasiment dans les confins de chaque région linguistique à part, pour le dire d‘une manière pointue. Cela vaut aussi pour le Tessin, dans ses relations avec l‘Italie, la Lombardie surtout. A l‘intérieur de la Suisse elle-même, l‘internationalisation a eu beaucoup moins d‘effet...

 

Cette interview a été enregistrée le 17 mars 2013. Peter Köppel est responsable de la version française. Celle-ci n‘engage pas Thomas Held. 

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