Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 48 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

Vivre le temps présent ou anticiper 2021?

«Le monde merveilleux de la finance s’est senti immunisé contre une économie faiblarde»

Il y a près de douze mois, on n’aurait vraiment pas pensé que nous en serions là aujourd’hui. On n’aurait jamais pensé vivre un tel ascenseur émotionnel sur les bourses mondiales. Il y a un an, ce coronavirus n’était qu’un nouveau virus à la mode des précédents. Encore une fois, nous avons pensé qu’en exterminant suffisamment de pangolins et de chauve-souris, cela suffirait amplement et que nous pourrions passer à autre chose. Eh ben, en fait non! Non seulement on n’a pas pu passer à autre chose, mais en plus nous sommes toujours à fond dedans et pas vraiment encore dehors économiquement parlant. Et encore moins du côté sanitaire: même si les vaccins pleuvent en ce moment, les chiffres sont encore alarmants.

En revanche, du côté des marchés boursiers, il semblerait que l’on soit vacciné contre le Covid depuis longtemps. Contre le Covid et contre à peu près tous les problèmes qui nous attendent dans les 24 prochains mois. Alors qu’au mois de mars nous étions pratiquement certains que la fin était proche – la fin des bourses mondiales, on s’entend –, il s’est passé quelque chose que l’on n’imaginait possible que dans les meilleurs films hollywoodiens où Liam Neeson court après les méchants et les tue tous, peu importe le nombre. A la fin du mois de mars 2020, nous avons découvert le «stimulus économique coordonné».

Retour dans le passé

Depuis la crise des subprimes de 2008, nous savions que les banques centrales étaient nos amies et que leur mission, sur cette Terre, était de ne JAMAIS laisser un krach boursier se reproduire. Plus jamais. Et depuis plus de dix ans, on avait presque cru que c’était possible. Que la Fed avait inventé la hausse perpétuelle et que nous, les financiers, avions inventé le jeu du pile ou face où l’on gagne tout le temps.

Et puis le Covid-19 est arrivé et on a redécouvert la joie d’avoir des puts dans son portefeuille. C’est à ce moment que les gouvernements du monde entier se sont concertés pour injecter des milliers de milliards dans les économies, sans que l’on sache trop où ces milliers de milliards sont allés, parce qu’en ce qui me concerne mon banquier ne m’a pas appelé pour savoir d’où venaient ces versements étranges avec l’étiquette BNS dessus.

Depuis que ce cash miraculeux est entré dans l’économie (soi-disant), les marchés sont repartis à la hausse et se sont sentis indestructibles. Peu importe ce qui est arrivé par la suite, peu importe le nombre de contagions, de décès. Peu importe que l’on soit dans une seconde vague ou une première et que l’on soit confiné ou pas, le monde merveilleux de la finance s’est senti immunisé contre tout et surtout contre une économie faiblarde. Plus aucun chiffre économique ne peut perturber le sommeil paisible des traders. Oui, parce que nous, on est déjà partis dans l’anticipation. On parie déjà sur le fait «qu’un jour l’économie repartira» - peut-être pas tout de suite, notez bien.

Le vaccin magique

Depuis que les gouvernements font mine de vouloir soutenir l’économie, on a aussi eu des vaccins miracles qui vont régler le problème du Covid une fois pour toutes. C’est là que nous avons vécu la deuxième vague, mais de hausse cette fois. Les marchés sont plus ou moins au plus haut de tous les temps et la capitalisation boursière mondiale est pratiquement le double de nos PIB victimes du coronavirus.

Ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle. Parce que l’on dit, dans les clubs privés de Wall Street, que lorsque la capitalisation boursière est trop élevée par rapport au PIB, le risque de krach est élevé. Je ne l’invente pas, c’est du pur Warren Buffett. On peut cependant se poser des questions, puisque les chiffres du PIB sont un poil biaisés par ce que l’on vit, mais quand même. Il faudra tout de même se souvenir que les bourses anticipent que tout ira bien l’année prochaine. Le virus sera exécuté, l’économie repartira comme en quarante et même les marchés iront 20% plus haut.

Et si ce plan qui doit se dérouler sans accroc ne fonctionnait pas? Je réserve ma réponse pour 2021.

* Thomas Veillet est le CIO de Merion Swiss Partners.

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