Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 48 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

Toxicos-dépendants

Le soutien des banques centrales est devenu une drogue. Pourra-t-on s’en passer un jour?

Un an et demi après le début de la pandémie de Covid, la vie semble reprendre son rythme normal. Les restaurants sont ouverts avec leurs terrasses, les gens se rencontrent de nouveau, on tombe le masque et, hier, j’ai même serré la main de quelqu’un. Je ne savais plus comment on faisait. Et puis, les marchés financiers sont au plus haut de tous les temps, plus rien ne semble pouvoir nous arrêter. Jamais. Cela peut paraître hallucinant, puisque le moindre enfant de 5 ans avec un peu de logique trouverait étrange que tout aille si bien alors qu’une montagne de chômeurs Covid n’a pas encore retrouvé de travail et, qu’en plus, en l’espace quelques mois, tout a augmenté. Ce conte de fées que nous vivons sur les bourses mondiales a une explication: les banques centrales sont devenues notre dealer, notre fournisseur officiel de soutien économique. Un soutien qui est devenu une drogue. Pourra-t-on un jour s’en passer ou la désintoxication qui suivra sera-t-elle longue et douloureuse?

Entre le mois de mars 2020 et cet été 2021, la capitalisation boursière mondiale a littéralement explosé, les performances des indices sont stratosphériques. Tout le monde se réjouit de l’effet «rebond» provoqué par ce retour à la vie, mais aussi par l’explosion du bilan des banques centrales qui sont en train de faire exploser la dette. Il est vrai que pour stimuler une économie qui était sous respirateur après de multiples confinements, les banquiers centraux n’avaient pas d’autre choix que de sortir l’artillerie lourde. Il fallait inonder le marché d’argent frais et expliquer aux investisseurs qu’ils pouvaient y aller à fond. Que quoi qu’il arrivera, les banques centrales seraient toujours là pour soutenir l’économie. Et les marchés boursiers.

Oui, soutenir les marchés boursiers, parce que quoi de mieux qu’une bourse en pleine santé pour faire «croire» que l’économie elle-même est en train de cartonner? Et, depuis mars 2020, les marchés se sentent soutenus comme jamais. Mais ils ont en même temps développé une dépendance presque malsaine vis-à-vis des banquiers centraux. On a pu le vérifier au début de l’été, la moindre allusion à une éventuelle hausse des taux faisait trembler les marchés. Nous avons déjà mis longtemps à digérer le fait que l’inflation était un mal nécessaire, mais nous ne sommes visiblement pas encore affranchis du fait qu’un jour ou l’autre, la Fed américaine va devoir remonter les taux. Nous sommes encore bien trop fragiles.

Le château de cartes

A force de tirer sur l’élastique, il va bien finir par nous sauter au visage. Et on a tous joué avec un élastique dans notre enfance pour savoir que plus il est tendu, plus ça fait mal quand ça casse. De nos jours, les bourses mondiales font face à une masse d’argent qui lui arrive dessus en flux continu. C’est notre drogue, notre came, notre vice. Aujourd’hui, les taux sont à zéro, acheter des obligations ne fait pratiquement plus aucun sens puisque les actions montent sans arrêt et qu’en plus, certaines d’entre elles paient même des dividendes qui offrent des rendements nettement, mais alors nettement supérieurs à ce qu’offrent les emprunts sans risque des gouvernements.

Mais d’ailleurs, ces emprunts sont-ils vraiment sans risque? Les banques centrales appartiennent aux Etats, l’endettement de ces dernières peut-il augmenter indéfiniment sans conséquence? Pour le moment, nous sommes dans un monde merveilleux d’argent sans fin. Un argent sans fin qui creuse les inégalités sociales et qui va finir par faire sauter la banque, les banques centrales. Nous sommes dans un TGV qui fonce dans un mur en béton et on espère tous que le mur en béton va se volatiliser comme par miracle.

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