Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 48 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

Tant que je gagne, je joue!

«Le problème, c’est que si les bourses sont déjà passées à autre chose, ce n’est pas le cas de l’économie réelle»

Vous connaissez l’histoire du type qui est devant un distributeur de Coca-Cola? Il met des pièces dedans et, à chaque fois, il y a une bouteille qui tombe. Arrive un passant qui observe la scène. Intrigué par le fait que le personnage collectionne les bouteilles qui sortent de la machine, il s’approche et lui demande ce qu’il compte en faire. Le type se retourne et lui dit: «Tant que je gagne, je joue.»

Je vais vous faire grâce des performances affichées par certains indices depuis le 23 mars, tellement tout le monde en a déjà parlé. On dira simplement qu’elles sont stratosphériques. Alors, bien sûr, ce n’est pas le cas pour tous les secteurs – si vous êtes actif dans les voyages ou les loisirs, c’est un peu moins rigolo, et si vous êtes Wirecard, c’est une catastrophe – mais disons qu’une méthode semble fonctionner à tous les coups, c’est celle d’acheter soit du Facebook, soit de l’Apple, soit de l’Amazon, soit du Netflix, soit du Google ou alors du Microsoft. Et puis, si vous voulez être vraiment agressif, il vous reste Tesla. Le fabricant de voitures qui gagne toujours aussi péniblement de l’argent et que tout le monde confond avec un fabricant de fusées.

Tant va la cruche à l’eau...

Ce que l’on vit aujourd’hui est unique. Même ceux qui sont dans la finance depuis que le Top 50 a disparu sur Canal+ ne se souviennent pas avoir déjà vu ça. Déjà, la pandémie et le confinement, c’était du jamais vu, mais l’intervention coordonnée à ce point des gouvernements appuyés par les banques centrales et d’une manière aussi radicale, on ne l’avait pas vu venir.

Dès le début de la crise, on avait bien compris que tout le monde allait faire ce qu’il fallait pour que le monde d’après soit mieux que le monde d’avant. Et surtout qu’il y ait un monde d’après, économiquement parlant. Mais à ce point, nous en sommes encore pantois.

Les bourses mondiales sont déjà passées au monde d’après, puisque nous sommes revenus là où nous étions à l’époque où l’on a appris que manger du pangolin, c’est pas bon. Le problème, c’est le fait que si les bourses sont déjà passées à autre chose, ce n’est pas le cas de l’économie réelle. Et de loin.

... qu’à la fin elle se casse

Alors oui, les chiffres économiques ont – semble-t-il – cessé de se dégrader. Mais ils n’ont pas encore entamé non plus l’ascension promise. Non, parce que c’est bien joli que nous, les boursiers, ayons déjà anticipé le fait que tout reviendra à la normale un de ces jours et que les 40 millions de jobs qui ont été détruits à la suite du Covid-19 vont se recréer comme par miracle. Mais, en attendant, chaque mois qui passe compte tout de même un paquet de chômeurs qui trouvent le temps long et qui sont obligés de se serrer la ceinture – du coup, le nouvel iPhone à 1300 balles, ça ne sera peut-être pas pour tout de suite, tout comme la nouvelle Tesla X pour aller frimer sur les quais sera repoussée aux calendes grecques.

Il est facile d’arriver à la conclusion que si rien ne se passe, les bourses et l’économie réelle vous devoir se rencontrer à un certain moment. Et pour ce faire, il n’y a pas 36 solutions: soit l’économie réelle explose et rejoint la bourse au firmament, soit la bourse se crashe et rejoint l’économie réelle au fond du trou en attendant qu’elle redémarre pour de vrai et pas hypothétiquement. Le seul problème, c’est que les banques centrales ont sorti l’artillerie lourde et ont décidé de ne rien lâcher. En tous les cas, tant qu’elles le pourront.

A l’époque, on disait que les banques centrales ne laisseraient pas baisser les bourses et qu’elles avaient créé un «put banques centrales». Aujourd’hui, on est passé en mode agressif et c’est un «call banques centrales» qui a été créé: non seulement elles ne veulent plus que ça baisse, mais en plus il faut que ça monte. On dit souvent que les arbres ne montent pas au ciel, reste à savoir la taille de l’arbre que Powell voudrait au fond de son jardin.

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