Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 48 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

Si c’est mauvais, c’est que c’est bon

Tout signe de ralentissement est interprété comme un signal d’intervention de banque centrale

La finance mondiale a cessé de se poser des questions. Elle est devenue monomaniaque. Elle est – depuis des mois – toxicodépendante des annonces géopolitiques. Elle a cessé de s’intéresser au reste. Aujourd’hui, la «guerre économique» est devenue l’axe central de tout investisseur. La macroéconomie et la géopolitique ont été élues les reines du monde, c’est ainsi que les investisseurs l’ont décidé.

Un mois d’août angoissant

Si l’on en croit les statistiques publiées dans les médias, l’été aura été très chaud. Et pas que dans les maillots: sur les marchés aussi.

Depuis le début du mois d’août, les tensions se sont intensifiées entre Pékin et Washington et les marchés sont partis dans une valse d’hésitation rarement observée sur une période de trente jours. La grande question que nous nous sommes posée durant ce mois caniculaire était de savoir quand est-ce qu’il serait temps de quitter le navire? Fallait-il attendre que l’orchestre commence à jouer «plus près de toi mon Dieu» ou fallait-il prendre de l’avance? Une chose était certaine, la conviction de voir le marché s’effondrer prochainement était très forte. La question n’était pas de savoir «SI» le marché allait s’effondrer, mais plutôt «QUAND». A l’approche d’un mois de septembre renommé pourri, les éternels annonciateurs du krach boursier étaient ravis. Après dix ans de frustrations et de krachs échoués, nous étions arrivés au but.

Et puis le vent a tourné

Mais en finance, quand c’est évident, c’est évidemment faux. Et donc rien ne s’est produit. Ou plutôt si; les espoirs de négociations sont revenus au premier plan, les hésitations se sont dissipées. Rien de concret. Juste des espoirs de voir Chinois et Américains s’asseoir autour d’une table pour faire autre chose qu’échanger des burgers contre des rouleaux de printemps.

Ce regain d’optimisme aura permis de casser cette tendance horizontale qui ressemblait plus à la trajectoire d’une boule de flipper. Alors que les deux parties annonçaient une rencontre à Washington prévue pour octobre, nous nous sommes concentrés sur les chiffres économiques qui sont plutôt moches, sans compter les multiples inversions de la courbe des rendements qui signale une récession à venir.

Normalement, de tels chiffres auraient pu peser sur le moral des investisseurs, laissant penser qu’un réel ralentissement était en train de se produire, sauf que rien n’est normal. Actuellement, nous sommes entrés dans une période assez atypique où les mauvaises nouvelles sont de bons signes pour l’avenir. En effet, tout signe de ralentissement est interprété comme un signal d’intervention de banque centrale à venir.

Un coup de frein sur le PIB local? La Banque centrale européenne sera là pour sauver l’Europe. Les exportations américaines en baisse en direction de la Chine? Ne vous inquiétez pas, Powell sera là pour vous tendre la main. A chaque mauvaise nouvelle, les bourses mondiales respirent parce qu’elles savent qu’on ne les laissera jamais tomber.

Une sale habitude à perdre

Depuis dix ans, nous avons appris à être soutenus à chaque problème, à voir arriver les banquiers centraux sur leur cheval blanc pour sauver la mise à tout le monde. Depuis dix ans, dès que ça va mal, on attend une intervention des instances supérieures.

C’est bien, cela a créé une dynamique qui permet aux marchés, aux bourses et aux économies de s’en sortir même quand ça ne va pas. Pourtant, cela ressemble un peu à un enfant qui apprend à marcher: si on lui tient tout le temps la main, il ne pourra jamais marcher seul. Que se passera-t-il le jour où les banques centrales refuseront de nous aider? Peut-être qu’à ce moment-là, les mauvaises nouvelles seront à nouveau de mauvaises nouvelles. Et ce jour où on nous lâchera la main risque d’être douloureux. Et pas que pour nos genoux.

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