Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 48 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

Peut-être que j’aurais dû faire médecine

Aujourd’hui, nous nous sommes tous improvisés «spécialistes en épidémiologie ou en virologie»

Nous voici donc au début du mois d’avril, au début d’un nouveau trimestre et toujours au milieu d’une guerre totale que nous tentons de mener contre le coronavirus. Non seulement ce Covid-19 est en train de causer des dommages monumentaux à l’économie mondiale, mais en plus de cela, il rend folles les places boursières mondiales.

En ce qui me concerne, j’ai mis les pieds pour la première fois de ma vie dans une banque à l’automne 1987. Autant dire que j’ai déjà eu l’occasion de vivre des périodes troublées. Mais je n’avais jamais vécu de choses pareilles.

Pourtant, à la fin des années 90, l’explosion du fonds LTCM (merci UBS) avait été mémorable. Le délire lié à la bulle internet n’était pas un cadeau et je pourrais vous écrire un bouquin d’anecdotes racontant comment je me suis retrouvé actionnaire d’une boîte qui vendait des boîtes de petits pois sur le Net sans avoir de site internet ou comment j’ai mis une bonne partie de mon argent dans une société qui produisait des «supraconducteurs» alors qu’à cette époque, pour moi, un supraconducteur, c’était juste un semi-conducteur amélioré. Puis il y a eu le 11 septembre 2001 – où l’on a bien cru que les Etats-Unis allaient raser le Moyen-Orient pour le transformer en un grand parking et où, pour la seule fois de l’histoire, on a trouvé intelligent de fermer la Bourse de New York (on ne s’en est pas portés plus mal à la fin).

Et je n’ai pas besoin de vous raconter comment l’on a vécu l’avènement des produits structurés avec des acronymes en guise de nom. On ne savait pas ce qu’elles voulaient dire, si ce n’est que l’on gagnait de l’argent à tous les coups, puisque, évidemment, le marché immobilier ne baisserait jamais. On avait inventé le «subprime», et, en ce temps-là, on pensait sérieusement que rien de pire n’aurait pu nous arriver. Lehman Brothers et des centaines d’autres banques ont fait faillite. Certaines banques encore debout actuellement n’auraient pas survécu sans l’aide de nos impôts – pardon , sans l’aide des gouvernements.

Puis les banques centrales ont pris les commandes et ont mené la charge d’un bull market qui a duré jusqu’au mois dernier. Pendant plus de dix ans, on s’est sentis invulnérables, ni la Grèce, ni l’avènement de Trump, ni les guerres économiques avec la Chine n’ont eu raison de la magie des banquiers centraux, Ben Bernanke est devenu un dieu, Janet Yellen aussi, Mario Draghi a marqué son époque. Rien ne pouvait nous détruire. Longtemps, on a dit que la seule chose qui pouvait nous coûter cher, ça serait un choc «exogène».

Longues semaines

Le choc «exogène», on l’a eu. Il s’appelle Covid-19. Ce qu’il a fait à l’économie mais aussi à nos vies, puisque vous êtes sûrement en train de me lire en pyjama au fond de votre salon, avachi dans votre canapé et que vous n’êtes plus sortis depuis des semaines. Des semaines qui pourraient bien se transformer en mois. Si ça continue à ce rythme.

Nous sommes confinés dans un monde qui n’a plus de sens. Plus de sens parce qu’après avoir fait un marathon sur son balcon et rangé trois fois la penderie après l’avoir «dérangée» volontairement deux fois auparavant, on se retrouve à faire des projections sur l’aplatissement de la courbe des contaminations en Italie pour savoir à quel moment on va pouvoir prendre le risque de redevenir des investisseurs.

Redevenir des investisseurs, puisque force est de constater que depuis plusieurs semaines nous nous sommes tous improvisés «spécialistes en épidémiologie ou en virologie», puisqu’il semblait évident que la clé de l’équation pour résoudre cette épidémie et ses conséquences financières ne se trouvait pas dans l’analyse des données économiques – qui ne veulent de toute façon plus rien dire – mais plutôt dans notre capacité à prévoir la fin de la pandémie ou, tout au moins le retour à une vie normale.

Pour être franc, je me dis que j’aurais été plus crédible en faisant médecine qu’en faisant finance.

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