Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 48 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

P comme Powell, mais aussi comme Panique

P comme Powell, mais aussi comme Panique

Il y a des phases dans les marchés boursiers. Des phases où l’on est optimiste, des phases où l’on est très axé sur les fondamentaux, des fois sur la géopolitique et parfois, ce sont même les «tweets» d’un seul type qui peuvent faire bouger la bourse à eux seuls. Sauf que cette fois, c’est quelque chose d’invisible qui est en train de casser notre superjouet. Notre beau marché qui semblait ne plus jamais vouloir baisser vient de se faire infecter par un vilain virus que l’on peine à maîtriser, que l’on a peine à cerner.

Pas besoin de vous écrire un poème pour expliquer. Le coronavirus a pris les commandes des bourses mondiales et, depuis que les analystes financiers se sont improvisés experts en épidémiologie, on a complètement perdu les pédales et la magnifique «bullish attitude» qui nous était chevillée au corps depuis onze ans est en train de prendre un sale coup dans l’aile.

Pour l’instant, on s’accroche à la paroi, mais on commence à trouver le temps long à rester agrippé sans rien faire en espérant qu’il se passe quelque chose. Récemment, on a bien cru que l’on allait s’en sortir puisque les secours étaient en route, Jerome Powell et sa bande avaient promis de se concerter et de nous faire une belle annonce dont ils ont le secret. Une annonce qui, généralement, fait remonter le marché. Une annonce comme en janvier 2019, quand on pensait déjà que la dernière heure du bull market était arrivée.

Oui, parce que M. Powell, patron de la Fed, a aussi des superpouvoirs qui peuvent nous sortir (éventuellement) de l’ornière. Il peut baisser les taux. On ne va pas se mentir, en général, c’est un peu le médicament miracle qui guérit tout. Que ce soit le docteur Powell, la doctoresse Yellen avant lui ou le plus lointain professeur Bernanke, spécialiste en marchés désespérés, quand ils apparaissent à la télé, les bourses mondiales vivent en général une montée d’endorphines qui pousse le plus timoré des investisseurs à vider le compte épargne jeunesse de son petit dernier pour investir en bourse.

Sauf que, cette fois, ce fut différent. Ce ne fut pas pareil, parce qu’il est très rare de voir la Fed couper les taux en dehors des meetings officiels – en général, ça sent un peu l’urgence et, à la limite, la panique – et puis, ce n’est pas tous les jours qu’elle baisse les taux de 0,50% d’un coup d’un seul. Si l’on remonte dans les livres d’histoire, on voit que la dernière fois que la Fed a agi de la sorte, c’était en 2008. Autant dire que 2008 comme référence historique boursière, on a connu mieux.

Faciliter le crédit ne suffira pas

Les marchés ont donc assez «mal pris» la chose et on se demande clairement si cela suffira et si la situation n’est pas pire que l’on veut bien le croire. La réponse se trouve peut-être quelque part entre les deux, mais bien malin qui pourra prendre le pari pour savoir quand le coronavirus aura fini son office. Aujourd’hui, il semble plutôt clair que l’on ne va pas tous mourir.

Ou plutôt oui, on va tous mourir, mais pas forcément tout de suite et à cause du Covid-19. En revanche, les conséquences à long terme sont difficiles à mesurer. Même Powell l’a reconnu: techniquement, baisser les taux pousse à la consommation. Sauf qu’actuellement, qui a vraiment envie de consommer? Si ce n’est acheter des tonnes de pâtes, à en voir les rayons du supermarché de mon quartier.

Non, personne n’a vraiment envie de courir s’acheter une maison dans cette ambiance. Quand les gens se calfeutrent chez eux et ne sortent plus, ce n’est pas bon signe. Ils n’osent même plus acheter sur le net; trop peur de devoir s’approcher d’un livreur. L’ambiance est définitivement morose et ne pousse pas à la consommation. Faciliter le crédit ne suffira pas. Reste donc à voir l’impact réel de ce virus dans les mois qui viennent.

En attendant, la route pourrait être semée d’embûches. Et puis je ne sais pas vous, mais moi, plus les autorités me disent de rester calme, plus je panique, et les bourses mondiales, c’est pareil.

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