Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 48 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

Les gentils, les méchants et l’attaque des clowns

«Force est de constater que même Hollywood n’aurait pas voulu d’un scénario aussi tordu»

L’autre jour, je suis tombé sur une nouvelle qui doit être une «fake news». Mais je dois dire qu’elle m’a fait tellement rire que, depuis quelques jours, je l’avoue platement: j’ai mal aux côtes et je vous jure que ce n’est pas à cause du fitness. La nouvelle en question exprimait la triste constatation qu’il y avait de moins en moins de clowns dans les cirques, la raison étant que la plupart des candidats sérieux avaient choisi de s’orienter vers la politique.

Vous avouerez que c’est édifiant. Sans compter qu’au moment où je tombais sur cette information humoristique, comme par magie la plupart des gouvernements mondiaux me faisaient immédiatement douter du côté «fake» que l’on aurait pu attribuer à cette dépêche de prime abord.

Oui, c’est arrivé juste au moment où l’attaque des drones avait lieu sur la raffinerie pétrolière en Arabie saoudite. Et juste au moment où tout le monde a commencé à accuser l’Iran de tous les maux de la terre. Il faut reconnaître que le passé du pays ne plaide pas pour lui. Le fait qu’une obscure tribu nommée Houthis, basée au Yémen et très proche des Iraniens, ait revendiqué l’attaque, n’aide pas non plus. Pourtant, la première chose qui frappe, c’est que cela semble un peu trop facile.

Alors oui, mes années d’espion au MI6 sont derrière moi et l’Aston Martin est rangée dans un obscur garage depuis longtemps. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser que les Iraniens ne peuvent pas être aussi stupides. Etre assez idiots pour faire décoller des drones directement depuis chez eux, alors qu’ils doivent avoir en moyenne 12 satellites espion pointés sur eux en permanence – satellites espion qui ne sont d’ailleurs même pas capables de montrer des photos desdits décollages de drones. A ce stade de bêtise, autant annoncer le vol sur Flightradar24 pour que tous les gamins fans d’aéronautique puissent suivre le vol avant l’attaque.

Et pourtant, ça ne choque personne. Les Américains ont immédiatement accusé Téhéran – environ 8 secondes après les premiers tirs et sans avoir vu les photos. Ils ont des excuses: depuis l’époque Bush, on peut facilement envahir un pays sans preuve.

Trop simple pour y croire

Toujours est-il que le prix du pétrole est monté de 15% au paroxysme de la crise. Tous les pays du monde libre ont pris parti pour les Américains et les pauvres Saoudiens. Rappelons tout de même que la hausse de l’or noir arrange bien les régions américaines qui font du fracking, sans compter que l’entrée en bourse prévue de la compagnie pétrolière saoudienne Aramco aura meilleure figure avec un baril à 65 dollars plutôt qu’à 50. On ne va donc pas dire que c’est un coup monté, mais c’est un peu cousu de fil blanc.

Tout semblait donc trop évident et même trop simple pour que ce soit l’Iran. Et puis, voici que l’on entend des bruits de couloir qui laissent entendre que les Iraniens seraient en train de remuer ciel et terre pour lancer des négociations avec les différentes puissances mondiales afin de se libérer de leur embargo. De là à supposer qu’ils ont voulu mettre la pression sur Donald Trump pour le forcer à négocier alors qu’il n’a aucune envie de se mettre en guerre à douze mois des élections, il n’y a qu’un pas que je ne franchirai pas. Mais force est de constater que même Hollywood n’aurait pas voulu d’un scénario aussi tordu.

Avant, c’était simple, il y avait les méchants (les Iraniens), les gentils (les Américains) et les victimes (les Saoudiens). Sauf qu’aujourd’hui les méchants manipulent les gentils en gardant la pression sur les victimes en espérant que les gentils ne vont pas oser déclencher une guerre contre les méchants qui deviendraient donc immédiatement les gentils et les victimes à la fois, puisque fondamentalement ils sont gentils (tant que l’on n’a pas prouvé qu’ils étaient responsables des attaques, et donc méchants). Il paraît que Netflix est sur le coup pour lancer une série en 19 saisons et 456 épisodes. A la fin, ce sont les Américains qui gagnent.

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