Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 48 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

Le retour des hyperspéculateurs

«Les cas d’hyperspéculation ne manquent pas en ce moment. Le plus populaire est l’affaire GameStop»

Indépendamment de la crise sanitaire actuelle, les marchés financiers vivent une période faste comme rarement dans l’histoire. Au-delà de la thématique des taux zéro – voire négatifs –, au-delà des multiples stimuli mis en place par nos chers gouvernants, nous nous sommes également mis en mode «grand-huit» dans tout ce qui est cryptomonnaies, mais aussi dans tout ce qui est «hyperspéculation». C’est-à-dire sur tout regroupement massif d’investisseurs ou de traders qui se concentrent à 100% sur une seule société, basant leur théorie d’investissement sur un bon «pitch» de motivation et un «storytelling» affûté qui convaincra le moindre investisseur que s’il ne saute pas dans le train tout de suite, il va rater l’opportunité de sa vie.

Les cas d’hyperspéculation ne manquent pas en ce moment. Le plus populaire et probablement le plus connu est «l’affaire GameStop». La chaîne de magasins de jeux vidéo ayant fait beaucoup parlé d’elle en début d’année, des forums de spéculateurs – dont le dorénavant célèbre #Wallstreetbets – ont fait de ce titre aux fondamentaux médiocres une prétendue pépite technologique qui était censée monter jusqu’à 1000 dollars. Le titre a été stoppé par la réalité en plein élan alors qu’il frisait les 500 dollars pour en reperdre 450 dans la foulée.

L’affaire aura fait beaucoup de bruit et les autorités politiques américaines vont même aller jusqu’à faire témoigner l’animateur d’un de ces forums qui se fait appeler RoaringKitty sur Twitter et sur YouTube. Cette nouvelle race d’investisseurs ou de spéculateurs justiciers travaille en meute et se présente comme des «révolutionnaires de la finance», se prétendant les dignes héritiers du mouvement «Occupy Wall Street» qui avait fait parler de lui dans les années 2008-2009. Leur stratégie est très simple: ils se mettent tous au même moment sur le même titre, ils achètent des actions, des options et forcent les hedge funds qui avaient vendu la valeur à découvert à racheter leurs positions et à rajouter – du même coup – de l’huile sur le feu. L’affaire GameStop aura même coûté la vie à un hedge fund (Melvin Capital) qui a fermé son fonds à la suite de pertes massives sur GameStop. Mais au-delà des conséquences sur des entités financières et des personnes morales, on a aussi vu des «investisseurs» qui se sont ôté la vie après des pertes massives lors de la redescente de GameStop. Le forum WallStreetBets regorge d’une multitude de témoignages qui donnent des prix d’achat 80 à 90% plus hauts qu’à l’heure actuelle. On en parle moins, parce que c’est moins «glamour» et ça fait moins «Robin des Bois».

Un signe inquiétant?

Cet engouement soudain pour la spéculation n’est pas nouveau, il s’amplifie tout simplement lors de phases euphoriques telles que celle que nous vivons actuellement. Le phénomène GameStop n’est pas un fait isolé et il ne se passe pas un jour sans que l’on nous sorte un titre de derrière les fagots qui va exploser de 500% avant de reperdre 60% le lendemain. Les théories d’investissement sur tout et n’importe quoi font très peur et lorsque l’on observe l’indice des «sociétés qui ne gagnent pas d’argent selon Goldman Sachs», on se rend compte qu’il est en hausse de 450% depuis le mois de mars 2020.

Nous sommes clairement entrés dans une période délirante et on ne compte plus les gens qui veulent devenir trader indépendant. La dernière fois que ce phénomène s’est produit, nous étions en février de l’an 2000. Je ne saurais trop vous recommander de regarder un livre d’histoire pour voir ce qui s’est passé ensuite.

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