Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 48 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

Le coronavirus attaque la mémoire

«On s’est déjà joué le film avec les épidémies d’Ebola, le SRAS, le H5N1, la grippe aviaire et la grippe porcine»

Au début de 2020, tout le monde n’avait qu’une chose en tête: le Trade Deal. Nous vivions tous dans une sorte de fantasme qui nous laissait espérer que les accords commerciaux que Trump nous promettait avec la Chine allaient régler tous nos problèmes de croissance, de l’Europe qui n’avance plus et des bilans des banques centrales qui explosent de nouveau à cause des problèmes du Repo.

C’était sans compter un étrange et sournois virus qui allait changer la donne pour la seconde partie du mois de janvier. Alors que les Chinois étaient en train de préparer le passage à leur nouvelle année à eux, alors que l’on mettait le champagne au frais pour fêter la signature du Trade Deal 1.0 en passant dans l’année du Rat, on apprenait qu’un virus nommé d’après le nom d’une bière mexicaine était en train d’attaquer la Chine.

Bien que je ne sois absolument pas compétent en virologie et en épidémiologie – contrairement à bien des analystes et autres économistes engagés par CNBC qui sont soudainement devenus experts en virus et en chauves-souris -, il semblerait que ce fameux virus, assez proche du SRAS qui nous avait déjà valu une panique boursière en son temps, soit directement dérivé des chauves-souris. Oui, parce qu’à Wuhan (épicentre de l’épidémie selon Google Maps), on serait très friand de la soupe de chauves-souris.

C’est officiel, il y a des gens qui ont regardé une chauve-souris de près et se sont dit: «Tiens, si on en faisait une soupe?» – je reconnais qu’en Occident on est parfaitement capable de s’envoyer 3 douzaines d’escargots en épongeant un litre de beurre fondu avec une baguette de pain. Mais jusqu’à preuve du contraire, l’escargot n’a jamais été le vecteur de la rage – pas assez rapide pour pouvoir mordre un renard.

Quoi qu’il en soit, au milieu de ce mois de janvier, CNBC a bouleversé ses programmes pour devenir une chaîne thématique sur les virus et la gastronomie chinoise. Pendant ce temps, toutes les personnes du monde qui ont des gènes asiatiques pouvaient voyager seuls dans les transports publics, puisque à la moindre quinte de toux, ledit transport public se vidait instantanément.

En dehors de la paranoïa qui s’emparait de certains de mes compatriotes qui paniquaient à la moindre annonce de rapatriement des Suisses de Wuhan ou qui s’angoissaient à l’idée qu’il y aurait trop de monde sur les pistes de ski pour les vacances de février – parce que oui, le coronavirus skie aussi à Verbier –, c’est surtout la finance mondiale qui a soudainement commencé à s’enrhumer.

Les marchés oublient très vite

Peu importe les chiffres, peu importe que chaque année 650 000 personnes décèdent de la grippe classique, les 254 morts annoncés une semaine après l’apparition du virus suffisaient à faire flipper tout le monde. Tout ce beau monde n’est même pas capable de se souvenir que l’on s’est déjà joué le film avec les dernières épidémies d’Ebola, le SRAS, le H5N1, la grippe aviaire et la grippe porcine. En se plongeant cinq minutes dans les statistiques du passé, nous nous serions rendu compte que dans les trois mois qui suivent le début d’une épidémie, le marché est bien plus haut qu’avant.

Cependant, il ne fallait pas oublier non plus que cela fait au moins quatre ans que les gourous de Wall Street tentent de nous vendre la théorie du «krach annoncé». L’occasion était trop belle pour se priver de venir sur les plateaux télé en hurlant:«On vous l’avait dit!»

Malheureusement pour les adeptes de la fin du monde boursiers et les passionnés des krachs, c’était oublier la capacité du marché à tout oublier en moins de temps qu’il n’en faudrait à un poisson rouge pour faire le tour de son bocal d’eau trouble. En moins d’une semaine, nous sommes passés d’«on va tous mourir» à «oh mon Dieu, Tesla va monter à 7000 dollars».

Les années passent, et il faut tristement se rendre compte que l’on n’apprend vraiment rien des marchés, et qu’en plus on oublie tout!

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."