Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 48 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

L’avènement du FOMO

«A quel moment commencera-t-on à se dire que l’on s’est peut-être emballés un peu vite?»

Le FOMO, ou «fear of missing out», que l’on traduira en français par «peur de rater le train» est en passe de bousculer notre manière d’investir en cette fin de mois de mai.

Sur le fond, tout le monde est d’accord pour dire que l’économie mondiale va repartir. Lorsque l’on regarde les milliards injectés par les gouvernements et les banques centrales, ou que l’on observe les plans de soutien mis en place par ces mêmes banques centrales, ces mêmes gouvernements et même par les banques – chose qui doit leur faire bizarre, étant donné que d’habitude, ce sont elles que l’on doit ressortir du fond du trou – on se dit que cela va forcément repartir un jour ou l’autre. Ce que l’on ne sait pas, c’est quand.

Parce que si l’on prend une photo instantanée de la vraie économie, force est de constater que ce n’est pas l’euphorie qui prédomine. Au regard des chiffres des demandes d’indemnités de chômage publiés aux Etats-Unis encore très récemment, ce sont près de 40 millions d’Américains qui ont perdu leur emploi depuis que le Covid-19 s’est évadé d’un laboratoire ou d’un pangolin – selon vos croyances et les opinions de vos amis des réseaux sociaux. Quant aux PIB de la plupart des pays industrialisés qui nous occupent, ils sont régulièrement révisés à la baisse et pas de 0,01%.

Et pourtant, l’euphorie, on la vit en direct sur les places boursières depuis le 24 mars. Plus de 35% de rebond sur les indices. Si l’on observe certains titres individuels comme Nvidia, fabricant de semi-conducteurs, c’est près de 100% de rebond, et certains analystes disent encore que «c’est pas cher» – on les entendait un peu moins au matin du 23 mars. Et je ne vous parle même pas de Tesla, qui a tracé une courbe haussière qui se rapproche de la trajectoire des fusées de son patron bien-aimé Elon Musk.

En l’espace de quelques semaines, nous sommes passés du fameux «on va tous mourir» au non moins fameux «et si on retournait au plus haut de tous les temps?». Les ours qui symbolisent la baisse des marchés ne se sont pas encore remis de la vague de hausse de ces dernières semaines. On craignait une seconde vague de coronavirus, on aura eu droit à une autre vague, bien plus agréable à surfer, mais tout aussi violente.

Nous sommes donc tous dans une situation fort dés-agréable, puisque la peur de «rater le train» est en passe de l’emporter sur la stratégie du «savoir raison garder». Parce que nous savons tous que le job de la bourse, c’est de jouer le rôle de l’indicateur avancé de l’économie. Or, quand vous arrosez les marchés avec des dizaines de milliers de milliards, l’intelligence pavlovienne de l’investisseur lui dicte son comportement: acheter, acheter, et s’il reste un peu d’argent, acheter encore.

L’optimisme règne

A cela il faut rajouter le fait qu’un nouveau virus circule dans l’air: l’optimisme exacerbé. Dès que la moindre société de biotechnologie constate que des rats de laboratoire qui luttent contre le Covid-19 commencent à avoir envie de retourner faire la fête à Ibiza et laisse entrevoir la possibilité hypothétique de l’arrivée d’un vaccin dans les dix-huit prochains mois, ce même optimisme s’emballe encore un peu plus.

Aujourd’hui, nous nous retrouvons chaque jour devant un nouveau mur qui semble pouvoir mettre fin à cette euphorie galopante de fin de printemps. Si ce n’est pas un nouveau vaccin en préparation qui nous fait casser les résistances, c’est un nouveau plan de soutien économique de la part d’un gouvernement. Et si ce n’est ni l’un ni l’autre, on s’enthousiasmera parce que le déconfinement progresse et que même si les sports de contact restent interdits, un air doux et motivant circule quand même sur les terrasses de bistrot qui rouvrent.

Mais si à la fin le plan qui se déroule sans accroc se bloque? Et si l’économie ne jouait pas le jeu et restait plantée au fond du trou? A quel moment commencera-t-on à se dire que l’on s’est peut-être emballés un peu vite? Je n’en sais rien, mais je préfère ne pas être là pour le voir....

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