Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 48 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

La passion sur 4 roues quelque part tout près de Manchester

Visite de l'usine Bentley à Crewe

  • Mulsane

    Crédits: Thomas Veillet
  • Flying Spur

    Crédits: Thomas Veillet
  • Old & New

    Crédits: Thomas Veillet
  • Siège Continental GT

    Crédits: Thomas Veillet
  • Tableau de bord en cours de création

    Crédits: Thomas Veillet

Quelque part, à 40 miles au Sud de Manchester se trouve un immense bâtiment qui héberge environ 4600 personnes et un paquet de voitures. Mais c’est surtout un endroit qui vit de passion.

La semaine dernière j’ai eu la chance de passer deux jours dans la région de Crewe afin de visiter l’usine Bentley – on m’avait prévenu : « tu ne ressortiras pas indemne de cette expérience ». Oui, parce que quelque part c’est une expérience. Je m’attendais à voir quelque chose d’immense, de robotisé et d’impersonnel. Et pour être très franc, depuis que le groupe Volkswagen a mis la main sur ce joyaux de la couronne, je pensais sincèrement que l’usine de Crewe se rapprocherait plus du folklore que d’autre chose.

Passion

Et bien détrompez-vous. Là-bas, j’y ai rencontré des gens qui ont une expérience cumulée dans la construction automobile qui dépasse l’entendement. On a juste l’impression que tout le monde vit Bentley, respire Bentley, mange et dort Bentley. Et je dirais même que la filiation avec Volkswagen a même poussé les employés de l’usine de Crewe à chercher l’excellence, si c’était possible de faire mieux que ce qu’ils faisaient déjà avant.

Lors de ces quelques heures passées dans les entrailles de l’usine paumée au milieu de la campagne anglaise, j’ai pu vivre un peu de la passion qui anime ces gens. Que ce soit à n’importe quelle étape de la chaîne de fabrication on a l’impression de voir des gens qui vivent pour faire vivre leur marque au travers de années et faire briller encore plus haut le « flying spur ».

Plus jamais pareil

Avant de conduire une Bentley, avant de visiter l’usine, pour moi une Bentley c’était une voiture. Dorénavant, c’est autre chose. On dit souvent « une Renault c’est bien, une voiture c’est mieux », mais là on peut dire « qu’une voiture c’est bien, une Bentley c’est mieux ». Et je vous garantis que je ne suis pas sponsorisé et qu’on ne m’a pas offert une GTC Cabriolet en échange.

En pénétrant dans cette usine en briques rouge au milieu des champs, nous avons commencé par l’endroit où sont montés le corps des Mulsannes. À gauche vous avez des longerons en métal qui rentrent dans l’usine et à droite des squelettes qui vont passer à la peinture et au montage, se faire greffer un moteur et tout le reste. En gros c’est un atelier de soudure – ça peut paraître assez barbant comme endroit, mais quand le responsable vous explique la précision et l’importance de son job, vous avez l’impression qu’il parle de son dernier né.

Thomas Veillet
Fauteuil de Mulsane

Pas assez cher

En fait à chaque étape de construction, vous vous rendez compte que finalement le prix de votre Bentayga ou de votre Continental GT est presque trop bas par rapport au travail qui est fourni. À l’atelier bois on vous colle 24 feuilles de bois en prenant garde de respecter la symétrie des veines ou des nœuds pour que le conducteur et le passager aient le sentiment d’être « au centre » - là-bas il y a tellement d’essences de bois que la forêt amazonienne donne l’impression d’être monotone. C’est bien simple, si vous êtes client Bentley ce n’est plus un choix que vous avez ; c’est un casse-tête.

Thomas Veillet
Stock de bois pour les tableaux de bord

À l’atelier cuir c’est presque pire, on traque le moindre défaut sur les 17 peaux qu’il faudra pour équiper la Mulsanne – 17 peaux de bœuf, parce qu’ils n’ont pas eu de veaux et donc pas de vergetures – comme quoi l’égalité bœuf-vache c’est pas mieux que celle homme-femme. – il faudra ensuite 9 heures pour construire un siège – un siège, que dire… un fauteuil. Un fauteuil qui passera ensuite au contrôle qualité où le moindre défaut sera inlassablement traqué et renvoyé à la case départ. Les volants aussi, entièrement garni de cuir, le tout à la main. Tellement bien collé que l’on dirait du plastique – à tel point que j’ai demandé pourquoi ne pas les faire en plastique ? Premier carton rouge de la journée. On notera quand même que les boutons de contrôle du volant sont quand même les même que dans l’Audi Q3 que j’avais en test au même moment. Il n’y a pas de petites économies. Mais on ne peut pas leur en vouloir non-plus, c’est la touche germanique.

Coucou suisse

Et puis il y a les moteurs où j’eu l’outrecuidance de demander si tous les moteurs venaient d’Allemagne. Deuxième carton rouge de la journée, je frôlais la suspension définitive. Le patron du département moteur prenait donc le temps de m’expliquer qu’ils bossent à 8 pour fabriquer 2 moteur V8 par jour – mais que le vendredi ils n’en faisaient qu’un seul pour faire plaisir à Greta Thunberg. 2 moteurs par jour. Les gars ils commencent avec le bloc de base et ils montent TOUT de A à Z. Moi qui galère déjà pour monter une étagère Kallax de chez Ikea, je ne vous dis même pas le boulot. Et il paraît même, selon la rumeur que les Allemands viennent prendre des cours pour savoir comment construire un moteur.

Thomas Veillet
Choix de cuirs

Sur la chaîne de montage, on se croirait chez Rolex pour la précision et l’organisation, bon, pas de bol Bentley est partenaire avec Breitling – mais il y a 14 étapes au montage – à l’étape une il n’y a que le squelette et puis 14 postes plus tard, elle roule, elle fait du bruit et de la musique aussi. Il y a 21 miles de câbles en tous genre à l’intérieur et 17 bœufs, mais quand vous montez enfin dedans, il n’y a que du confort, du confort et l’envie de ne plus jamais en ressortir.

Noël avant l'heure

Si toute l’usine respire la passion, nous avons terminé la visite en ayant la chance de rencontrer le designer qui a créé l’intérieur de la nouvelle Mulsane et je dois dire qu’il est rare de rencontrer des gens qui parlent de leur création, de leur métier avec des trémolos dans la voix et des larmes dans les yeux. Surtout pour moi qui vient de la finance. Il n’est pas simple de décrire un endroit pareil tant il respire l’envie de faire bien et de rendre heureux le propriétaire d’un futur véhicule. L’instant fût magique… Les anecdotes mythiques et écouter un ingénieur qui a pu tester la Mulsane sur la piste du Nordschleife au Nürburgring me donnait l’impression d’être déjà à Noël.

Maintenant je vais vous laisser parce que je viens de m’asseoir dans une Bentley Bentayga V8 et comme ils ont mis le volant de l’autre côté et la route aussi, je dois me concentrer. Mais une chose est sûre dorénavant, j’ai mis un cochon sur mon bureau et toute la petite monnaie de mes poches est prévue pour une Continental GT. Une chose est certaine, la passion a une résidence secondaire à Crewe.

Thomas Veillet

Bitume.ch

Thomas Veillet
Flying Spur

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