Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 48 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

Il est l’or, monseignor

«Depuis ce mois-ci, si vous n’avez pas d’or dans votre portefeuille, plus personne ne vous parle»

Le mois dernier, si vous n’étiez pas investi dans les voitures électriques, vous étiez aussi «has been» que vous pourriez l’être en vous rendant sur un court de tennis avec une raquette en bois et le short de Björn Borg version Wimbledon 1980. Ce mois-ci, nous sommes passés à autre chose: puisque si vous n’avez pas d’or dans votre portefeuille, plus personne ne vous parle, même pas le premier chauffeur de taxi ou le premier coiffeur qui passe.

Avant d’aller plus loin dans mon explication, je voudrais spécifier que je n’ai rien contre les taxis ou contre les coiffeurs. Mais dans le milieu très précieux de la finance, on dit toujours que lorsque l’une de ces deux professions vous donne un avis sur les marchés financiers, c’est qu’il est temps de faire le contraire. En ce qui concerne le chauffeur de taxi, le dernier que j’ai rencontré m’a conduit de Millbrooke à l’Aéroport de Heathrow. Pendant soixante minutes, derrière son masque de protection spécial Covid, il m’a plus ou moins dit que j’étais un idiot si je n’avais pas encore stocké 24 kilos d’or dans mon sous-sol à côté du Château Margaux. Pour ce qui est du coiffeur, j’en sors à l’instant, et il m’a juste raconté qu’il s’était acheté un vélo. Je suis donc en plein doute: dois-je croire l’adage du chauffeur de taxi ou dois-je doubler ma protection en allant chez le coiffeur toutes les semaines et attendre qu’il me parle d’or?

Quoi qu’il en soit, on se souviendra que la dernière fièvre de l’or remonte aux années 2011. A peu près toute la planète était sortie de sa torpeur pour annoncer des objectifs presque aussi délirants que le programme électoral du monsieur aux cheveux orange qui habite à Washington. Ça n’a pas manqué, la cassure à la hausse que nous avons vécue ces derniers jours a fait ressortir du bois tous les aficionados du métal jaune. Pendant ce temps, on ne parle même pas des autres métaux qui font aussi un carton – on citera simplement l’argent qui a doublé depuis trois mois, faisant, du même coup, presque passer Tesla pour un titre ennuyeux.

La ruée

Nous sommes donc de nouveau dans la ruée vers l’or et je me suis mis à compiler les objectifs délirants qui me passent sous la main. Au bilan final, trois m’ont vraiment marqué: tout d’abord Bank of America, la première à augmenter son objectif directement à 3000 $ – c’est facile, ce n’est pas trop cher, et simple à se rappeler. Ensuite le second – un expert en finance totalement inconnu mais qui a soudainement gagné en crédibilité juste parce qu’il a été plus agressif que les autres avec un objectif à 3500 $. Mais le plus fort, ça reste un type qui a été PDG de la société minière Newmont Mining, venu déclarer que l’or allait monter – tenez-vous bien – de façon illimitée et que son objectif frôlait l’infini et... au-delà.

Comme vous le voyez, tous les moyens sont bons pour passer sur CNBC – qui n’invite plus personne sur son plateau à moins d’être prêt à raconter n’importe quoi. Il faut faire du sensationnel ou retourner faire du trading sur Tesla.

Après avoir patiné dans la semoule pendant des mois, le métal jaune a finalement récemment passé la barre des 2000 $. Les arguments pour justifier cette hausse ne manquent pas: protection contre l’inflation, taux à zéro ou presque et injections monétaires qui mettent le dollar au plus mal (et qui dit dollar qui baisse dit or qui monte). En résumé, il n’y a plus aucune raison que l’or baisse. Sans compter que tous ceux qui se sont plantés en 2011 reviennent à la charge: «On vous l’avait dit! Finalement, ça aura payé d’avoir serré les fesses.»

Moi, ce qui me fait peur, c’est qu’en plus de mon chauffeur de taxi, 20 minutes vient d’écrire un article positif sur l’or. Ça doit vouloir dire que l’on arrive au bout de l’argumentaire et que, pour finir, ça va se retourner. Comme disait l’autre: quand c’est évident, c’est évidemment faux.

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