Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 48 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

Douce euphorie de janvier

«C’est quand votre esthéticienne se met à vous donner des idées d’investissement qu’il faut réagir»

On nous l’a dit et répété: les bulls markets naissent dans le pessimisme, croissent dans le scepticisme, deviennent matures dans l’optimisme et meurent dans l’euphorie. Ce n’est pas moi qui l’ai dit, mais le célèbre investisseur Sir John Templeton.

Depuis le mois de février 2009, les marchés montent. On se demande même comment ils font pour ne pas avoir le vertige étant donné la hauteur où l’on se trouve. Certains graphiques ressemblent plus à la face nord de l’Eiger qu’à un graphique boursier et ont tendance à réinterpréter la définition du mot «vertical».

Il y a un an jour pour jour, on nous encourageait à la prudence, on nous disait que l’année serait trop dure, que ça pourrait même être une année catastrophique. Douze mois plus tard, on se regarde tous dans le blanc des yeux en se demandant ce que l’on a bien pu rater et si ça va continuer longtemps.

Il est clair que statistiquement, les jours du bull market actuel sont comptés, chaque jour qui passe nous rapproche inexorablement d’une fin de hausse douloureuse et violente qui nous fera jurer que plus personne ne nous reprendra à «faire de la bourse». C’est le cercle vertueux de la finance; d’abord on n’y croit plus, puis on n’y croit pas (que ça puisse monter), puis on rentre dans le déni, puis on a un ami qui a gagné de l’argent en bourse mais on n’ose pas y aller quand même. Et le même ami commence à vous appeler tous les deux jours pour vous dire combien il se fait du fric facile.

Là, en général, vous vous fâchez avec l’ami en question parce que son bonheur et sa joie deviennent quand même un peu gonflants. Par contre, vous vous dites que vous n’êtes pas plus bête qu’un autre et vous vous remettez à faire de la bourse – même si vous aviez juré que «plus jamais». Bien vous en a pris parce que vous gagnez. C’est là que vous prenez confiance et que vous commencez à vous dire que vous êtes quand même vachement fort.

En général, à partir de là, on commence à croire qu’on est un demi-dieu. On met au point une stratégie qui gagne à tous les coups et on découvre que tout ce qui va à 1 $ va à 10 $, que tout ce qui va à 10 $ va à 100 $ et que tout ce qui va à 100 va forcément à 1000. C’est en général à ce moment précis où votre journal local publie un cahier spécial investissement – lui qui, jusque-là, n’arrivait pas à faire la différence entre une action et une obligation.

C’est ce que l’on appelle l’euphorie. Sauf que l’euphorie n’est pas encore là. Ça y ressemble gentiment, mais ce n’est pas encore ça. En général, lorsque les marchés arrivent au plus haut de tous les temps (jusqu’au prochain plus haut) tout le monde s’y intéresse un peu trop et les investisseurs commencent à perdre toute notion de la réalité, pour ne pas dire «la raison». Les excuses et les justifications pour acheter deviennent débiles et les théories d’investissement abracadabrantesques.

Nabilla nous dira

John Templeton ne l’a pas précisé, mais c’est quand votre esthéticienne se met à vous donner des idées d’investissement que ça commence à sentir mauvais. Ce n’est pas tant qu’il faille se méfier des esthéticiennes, mais déjà que le banquier moyen n’est pas toujours très sûr de lui…

Nous voici donc au début de la vague d’euphorie, c’est pratiquement une certitude. Le seul problème qu’il faut encore résoudre, c’est la durée de cette période euphorique. On sait toujours plus ou moins quand elle commence, mais rarement quand elle s’arrête, et encore moins combien de temps elle peut bien durer. Néanmoins, il y a une chose qui fonctionne plutôt bien pour repérer le moment exact où il faudra vendre. C’est assez facile; il suffit d’attendre que Nabilla vienne nous recommander d’investir. Elle avait tellement bien vu le bitcoin en son temps, on va voir si elle peut nous faire un «coup double».

Moi je vous laisse, le journal local veut m’interviewer pour savoir dans quoi il faut investir.

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