Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

Terminator ne sera pas fils de pub

En publiant le 23 février une vidéo montrant un robot bipède marchant dans la neige Google a probablement atteint une des limites du buzz médiatique. Publiée sur sa filiale YouTube, ce clip montrait les dernières avancées en matière de robotique de son autre filiale dans la robotique Boston Dynamics. Enfin son ex filiale puisque Google l’a mis en vente hier.

Il peut sembler paradoxal que le moteur de recherche connue pour ses incursions dans des technologies frontières revendent cette entreprise de quasi science-fiction 2,5 ans après l’avoir acquise. Ce serait après avoir examiné l’ensemble de ses participations qu’Alphabet – la maison mère de Google désormais – a décidé de sortir de celles dont la rentabilité n’est pas immédiate et donc de Boston Dynamics. Il semble aussi que les roboticiens issus du MIT employés par Boston Dynamics aient eu du mal à collaborer avec ceux des autres divisions robotiques de Google rassemblées sous l’étiquette de « Répliquant», du nom des androïdes dans le livre de science-fiction de Philip K. Dick Blade Runner.

La science-fiction, qui a beaucoup fait pour conditionner notre inconscient collectif à propos des progrès fulgurants de certaines technologies, est cependant peut-être aussi responsable de ce revirement de Google dans la robotique. L’entreprise qui mesure le mieux l’opinion mondiale se rend probablement compte que les dizaines de millions de gens qui voient les vidéos des androïdes de Boston Dynamics mais aussi celles des parties de go gagnées par son ordinateur Alphago sont de plus en plus mal à l’aise avec ces technologies. Parce qu’elles rendent tout à coup crédibles des scénarios de dystopies à la Terminator.

Il ne faut pas perdre de vue que Google est d’abord et avant tout la plus grande agence de publicité du monde. 90% de ses 75 milliards de dollars de revenus proviennent de la pub. Son image est donc son plus grand capital. La voir associée aux robots à destination potentiellement militaire que développe Boston Dynamics en collaboration avec l’agence de recherche du Pentagone DARPA n’est pas des plus heureuses. Passer pour le roi de l’intelligence artificielle quand les études se multiplient pour affirmer – de manière exagérée – que celle-ci va nous prendre tous nos jobs vous rend plus inquiétant que sympathique.

Alors que du Parlement britannique à la Commission de Bruxelles, on n’hésite plus  à taper, amender et taxer Google, le management de l’entreprise sent probablement qu’il a plus besoin de lisser son image que d’apparaître comme le champion du transhumanisme. 

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