Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

TÉHÉRAN/Le Louvre envoie 50 chefs-d'oeuvre en service commandé

Crédits: AFP

L'art a souvent partie liée avec la diplomatie. Il servait de cadeau sous l'Ancien Régime. Son exportation permet aujourd'hui parfois d'enjoliver des relations commerciales ou politiques (1). C'est indéniablement le cas pour l'exposition qui vient de s'ouvrir au Musée national d'Iran à Téhéran. Le Louvre, toujours sollicité dans ces cas-là, a fourni une cinquantaine de chefs-d’œuvre ou œuvres supposées tels. Il y a même un sphinx égyptien (modèle de taille moyenne, tout de même) vieux de deux mille quatre cents ans. 

Le ministre des affaires étrangères français était du voyage, tout comme Jean-Luc Martinez directeur du Louvre. Son collègue iranien brillait en revanche par son absence. Il s'agit pourtant officiellement de resserrer aujourd'hui «les liens historiques» entre les deux pays. Soit dit entre nous, je ne vois pas lesquels. D'où ce savant mélange d'un peu tout, un paysage de Corot allant avec un buste romain de Marc-Aurèle et une Vierge en pierre (si si, en Iran!) qui doit dater à en juger par la photo du XIVe siècle. Il y a aussi un dessin de Rembrandt et d'autres gâteries. Un plateau de présentation notamment préparé la la conservatrice Judith Hénon, que le reportage vidéo diffusé par le site du «Figaro» montre avec un tchador quelque peu relâché. Ce n'est pas le moment de s'en dispenser alors que des manifestantes iraniennes enlèvent les leurs en public.

L'affaire de Berlin 

Même s'il n'est pas proche du pouvoir, «Le Figaro» fait l'impasse sur les réciprocités en Occident. On se souvient qu'était prévu à la fin 2016 un spectaculaire voyage des poids lourds de l'art moderne achetés avant 1979, à l'instigation de la shabanou Farah Diba. Ils devaient venir à Berlin, où tout était prêt pour les accueillir. La manifestation s'était vue décommandée à la dernière minute. Trop tôt apparemment dans un pays islamique, où les frictions entre factions demeurent fortes. Longtemps dissimulées, ces toiles sont pourtant (un peu) visibles à Téhéran depuis quelques années.

(1) Je rappelle qu'Emmanuel Macron et Françoise Nyssen ont récemment parlé d'envoyer à l'étranger" La Joconde" ou la "Broderie de Bayeux".

Photo (AFP): Les visiteurs du vernissage autour de la Madone du XIVe siècle.

Texte intercalaire.

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