Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

TECHNIQUE/Microsoft vous présente le Rembrandt créé par ordinateur

Crédits: Microsoft

Cela devait arriver. C'est généralement ce que l'on dit après un accident, une catastrophe ou en tout cas un malheur. Ce n'est ici pas le cas. Il s'agit juste de manifester une absence de surprise. Or donc, des informaticiens ont créé un nouveau Rembrandt, comme des généticiens avaient cloné, il y a juste vingt ans (c'était en juin 1996), la brebis Dolly. Après dix-huit mois de travail, ils ont créé une nouvelle œuvre qui pourrait sembler du peintre hollandais, mort en 1669. Le projet a été mené à bien par Microsoft, ce qui n'étonnera personne, avec l'aide de deux musée néerlandais. Voilà qui semble plus insolite, pour ne pas dire plus choquant. 

Les auteurs de ce portrait d'homme ont dans un premier temps sélectionné 300 des 400 tableaux attribués, non sans débats byzantins, au maître hollandais. Il s'agissait d'en copier à la perfection le style après un scannage en haute définition. Il fallait fixer un sujet et une période de l'artiste. Ils ont décidé de s'attaquer à un portrait d'homme de la fin des années 1630. Le modèle aurait un chapeau, une collerette blanche autour du cou, regarderait vers la droite et serait vêtu de noir. Une fois le prototype établi, pour obtenir un rendu en trois dimensions, il a fallu établir une cartographie des épaisseurs de la peinture et des couleurs. Une imprimante 3D a fabriqué la toile à partir de treize couches d'encre à UV spéciale. Le résultat a été généré à partir de 148 millions de pixels et 168.263 fragments de peinture. Pas un de plus. Pas un de moins.

Voix admiratives

J'ignore combien a coûté l'opération, qui a tout de même mobilisé pas mal de savants fous, alors que nombre de toiles parfaitement authentiques attendent dans des musées une restauration suivie d'une conservation convenable. L’œuvre finale ressemble, à ce qu'il paraît, de manière stupéfiante à un vrai Rembrandt. Fabrice Brousteau, rédacteur en chef, s'extasie dans son «Edito» de mai de «Beaux-Arts». Ce monsieur est toujours très admiratif devant les nouvelles techniques. Que voulez-vous? C'est un homme de progrès. Il est très 3D et intelligence artificielle, comme si son intelligence naturelle ne lui suffisait pas. 

Je me permets juste, voix discordante et comme il se doit réactionnaire, de trouver qu'il s'agit là d'un gaspillage d'argent sans la moindre créativité. Je m'indigne de la participation de deux musées à cette mascarade scientifique qui ouvre toute grande la porte aux faux. A-t-on vraiment besoin d'un Rembrandt moderne, même s'il est clair que ce dernier ne serait pas concevable sans ceux que le maître a peint il y a bientôt quatre cent ans?

Pratique 

Tapez www.nextrembrandt.com pour assister à la fabrication de l’œuvre. 

Photo (Microsoft): Fragment du portrait d'homme de Rembrandt créé par ordinateur.

Texte intercalaire

 

 

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