Rosenstreich Peter

RESPONSABLE DES STRATÉGIES DE MARCHÉ CHEZ SWISSQUOTE BANK

Peter Rosenstreich est Responsable des stratégies de marché chez Swissquote Bank. Il a occupé différents postes dans plusieurs établissements bancaires aux Etats-Unis, en Europe et en Asie. Depuis 10 ans, il contribue régulièrement à de nombreux médias financiers internationaux, à l’instar de Reuters, Wall Street Journal, Bloomberg TV & Radio, Financial Times and CNBC.

Peter Rosenstreich est l’auteur de “Forex Revolution: an Insider's Guide to the Real World of Foreign Exchange Trading, aux éditions Financial Times Prentice Hall.

Il est diplômé d’un MBA du Baruch College, Zicklin School of Business, et d’un bachelor en histoire de l’université Clark, à Worcester dans le Massachusetts.

Taux négatifs: une politique risquée

La Banque nationale suisse manipule un outil dangereux : le système bancaire pourrait s’effondrer si tous les épargnants décident de retirer leurs avoirs déposés dans les banques.

Depuis la fin du taux plancher, la Banque nationale suisse (BNS) intervient régulièrement pour contrer l’appréciation du franc. Agir sur le marché des devises restera sa première ligne de défense pour soutenir l’économie locale. La seconde sera de renforcer les mesures existantes, maintenir le taux de dépôts à -0,75% tout en resserrant les exceptions permettant d’y échapper. Le président de la BNS Thomas Jordan a même indiqué que la Suisse était en mesure de supporter des taux encore plus négatifs.

La BNS n’est pas la seule à avoir opté pour cet outil relativement nouveau, bien que ses effets soit encore peu prévisibles. Les risques sont bien réels. Des taux tellement négatifs, qu’ils encourageraient à retirer l’argent déposé dans les banques, seraient une menace pour l’ensemble du système bancaire et pourraient même provoquer son effondrement.

Les taux négatifs ont été mis en place en janvier 2015 après l’abandon du taux plancher, en veillant à limiter l’exposition des petits épargnants. Depuis lors, ils sont devenus un instrument majeur pour la BNS et d’autres banques centrales. En décourageant les dépôts des banques, la BNS y prélevant un pourcentage, l’objectif est de les amener à prêter à l’économie réelle, pour permettre les investissements, la croissance et générer de l’inflation.

Pour l’instant, les établissements bancaires suisses n’ont pas répercuté les taux négatifs sur leurs clients, alors même qu’ils doivent s’en acquitter à partir d’un certain seuil auprès la BNS. Or, plus la politique de taux négatifs persiste ou même se renforce, plus la pression sera forte sur les banques de détail, qui devront à terme reporter les coûts sur leurs clients.

Pour la plupart des gens, des taux ou des rendements négatifs sont, sinon impossibles, complètement irrationnels. Appliqués au secteur bancaire classique, ils signifient que le client doit payer sa banque pour y déposer son argent, ce qui a peu de chance de fonctionner, même pour les investisseurs peu enclins au risque.

En Suisse, détenir de l’argent liquide n’est pas un tabou, en témoigne le billet de 1000 francs. Les taux d’intérêt négatifs conduiront les épargnants à retirer leur argent des banques et des obligations d’Etats pour le conserver en liquide, mais il y a peu de chance qu’il circule dans l’économie réelle.

De grandes pertes de revenu

Pour les banques, l’effet à long terme sera profondément négatif. Prenons le cas d’une banque moyenne, son activité principale est de prêter l’argent déposé sur ses comptes. Les revenus qu’elle en retire dépendent de l’écart entre le taux d’intérêt qu’elle prélève aux emprunteurs et la rémunération qu’elle octroie aux épargnants. Or, si elle décide de répercuter les coûts des intérêts négatifs sur ses épargnants, ces derniers risquent de retirer leur argent. Les conséquences seraient fâcheuses, l’accès au capital étant plus limité, les prêts seront plus rares, ce qui entraînera une perte de revenus d’autant plus grande.

Soit les banques trouvent de nouvelles sources de revenus, plus risquées, axées sur la spéculation, soit elles devront réduire drastiquement les coûts, en licenciant et en fermant des succursales. Leur crédibilité déclinera, provoquant de nouveaux retraits d’argent de la part des épargnants, rendant l’accès au capital encore plus difficile, refermant le cercle vicieux.

Une autre solution serait d’augmenter l’écart entre les taux d’intérêts sur les emprunts et ceux sur les dépôts pour atténuer les impacts des taux négatifs. Cependant, si les taux pour emprunter sont plus élevés, les demandes de prêts seront également moins nombreuses, exactement le contraire de ce qu’espère la BNS. La Banque nationale suisse a indiqué que les taux ne seront pas augmentés avant 2017 et pourraient même chuter encore plus bas. Les investisseurs peuvent se tourner vers les obligations d’entreprises suisses, offrant de bonnes perspectives de rentabilité à court terme. Comme Nestlé, Roche ou Adecco. Cette option permettra de protéger le capital des investisseurs prudents, dans un contexte où les rendements sont difficiles à trouver.

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