Paschoud Tali NB

Avocate

Tali Paschoud exerce comme avocate à Genève. Elle conseille et représente en justice ses clients dans le domaine des litiges financiers, du droit pénal économique et des contrats commerciaux.

Sensible à l’impact de nos actions sur notre planète, elle s’intéresse particulièrement à la justice climatique et à la finance durable. Elle est par ailleurs titulaire d'un CAS en Financial Regulation et formée au droit collaboratif, un mode alternatif de résolution des litiges extrajudiciaire.

Je suis écolo mais mes finances ne le sont pas

Pourquoi notre épargne constitue-t-elle le laissé-pour-compte de notre prise de conscience écologique?

Poubelle verte, sacs en tissus et recyclage sont - enfin - devenus une quasi-évidence pour bon nombre d’entre nous. Il est même à la mode de fréquenter les épiceries en vrac et de se faire livrer des paniers de légumes bio.

Cosmétique naturelle, place de la voiture en ville et consommation locale font partie de ces nouveaux sujets de débats entre amis, générant tour à tour nouvelles alliances ou futures discordes.

Petit à petit, chacun se questionne, avec un regard autocritique plus ou moins acéré, sur l’impact de ses actions sur l’environnement. Pour beaucoup, ces débats ne se traduisent pas (encore) par des actes, mais la première étape, l’ébauche d’une prise de conscience est bel et bien là.

Toutefois, il reste un laissé-pour-compte: la finance, ou plutôt, nos finances. Autant nous n’hésitons plus à lancer un regard noir au collègue qui jette de l’aluminium à la poubelle, autant jamais nous ne critiquons son choix d’établissement financier, ni même ne le questionnons à ce sujet.

Alors pourquoi la finance ne fait-elle pas partie de notre « green check list »? Est-ce un sujet tabou? Est-ce l’ignorance de l’impact des services financiers sur l’environnement? Ou tout bonnement la paresse?

L’investisseur chevronné sait, du moins accepte, que ses avoirs puissent être investis dans des secteurs à impact négatif sur notre planète, notamment dans les énergies fossiles.

L’épargnant moyen, lui qui possède un compte épargne, quelques économies placées depuis des lustres dans un fond « entreprises suisses » et des actions UBS achetées au mauvais moment, ne sait pas et surtout ne se soucie pas, de ce qui est fait de son épargne qui semble dormir sagement sur son compte.

Or la fonction même de la banque réside dans la transformation des dépôts et de l’épargne de sa clientèle. Concrètement, l’épargne finance les crédits et investissements concédés par la banque à des tiers. Il n’existe aussi aucun moyen de contrôler si les projets financés par notre épargne sont, à tout le moins à nos yeux, respectueux de l’environnement, de l’être humain et de la société.

Test PACTA 2020

La place financière suisse est- elle vraiment en phase de devenir l'un des principaux centres mondiaux de services financiers durables comme le claironne le Conseil fédéral dans son rapport de juin 2020?

En 2020, près de 80% des acteurs financiers suisses (fonds de pension, compagnies d’assurance, banques et gestionnaires de fortune) ont participé au test de compatibilité climatique volontaire PACTA. Ce test a pour fondement l’Accord de Paris sur le climat de 2015 qui a créé un mandat politique pour la mise en cohérence des flux financiers avec l’objectif climatique d’une limitation de l’élévation de la température moyenne mondiale à un niveau bien inférieur à 2 °C. Ce test a porté sur l’analyse des portefeuilles d’actions et d’obligations.

Les résultats, publiés en novembre 2020, se révèlent désolants.

Non seulement le secteur financier suisse dans son ensemble n’est pas aligné avec les objectifs de l’Accord de Paris et continue de soutenir massivement le développement des énergies fossiles, mais le rapport constate encore qu’il existe un écart significatif entre les stratégies climatiques des institutions financières, la communication qui y est associée et l’allocation réelle des portefeuilles.

Pour exemple, le test relève que plus de la moitié des établissements qui ont déclaré exclure le charbon de leurs investissements en détiennent en réalité encore.

Au pays des banques suisses, le greenwashing semble pour l’heure roi.

L’épargne des Suisses

S’agissant plus précisément de l’épargne, le WWF et la FRC ont questionné diverses institutions financières sur l’utilisation de l’épargne de leurs clients et si une épargne « verte » pouvait être choisie.

La FRC a constaté que les réponses données demeuraient pour plupart lacunaires ou insatisfaisantes. Parmi les banques interrogées, seule l’une d’entre elles (la Banque Alternative Suisse) a fait preuve de transparence absolue sur l’allocation des avoirs de ses clients.

L’épargnant moyen ne sait donc pas ce que fait son argent pendant que, la conscience heureuse, il pédale sur son vélo, son panier rempli de bocaux en verre provenant de l’épicerie en vrac du coin.

Heureusement, quelques voix commencent à s’élever contre cette situation comme en témoigne la récente interpellation au Conseil fédéral de la conseillère aux Etats Marianne Maret : « Finance durable, quid des dépôts de la clientèle? ».

Il va sans dire que l’épargne constitue un levier important de la finance durable, les dépôts représentant près de 2000 milliards de francs suisses.

La solution? Changer de banque

Sur l’échelle de la difficulté des gestes écologiques à mettre en œuvre au quotidien, il apparaît nettement plus aisé et moins contraignant de changer de banque que de renoncer à voyager en avion ou devenir végétarien.

Changer de banque ne nécessite que quelques clics. Même si l’on tente de s’en persuader autrement, une fois prise, cette décision n’a pas grand impact sur notre quotidien si ce n’est la couleur de notre calculette E-banking.

La situation actuelle commande d’élargir notre prise de conscience « verte », de questionner l’usage qui est fait de notre épargne et si les réponses demeurent insatisfaisantes, d’agir en conséquence.

Mais questionner ce que fait notre épargne n’est qu’une première étape. Il faudra aussi confronter nos avoirs de prévoyance à cette réalité car, eux aussi, fructifient sur le dos de notre planète, dans des proportions tout aussi inquiétantes.

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