Michel Jeannot

FONDATEUR DE WTHEJOURNAL.COM

Journaliste spécialisé, fondateur du site WtheJournal.com et des applications iPhone, iPad et Android associées, Michel Jeannot est à la tête du Bureau d’Information et de Presse Horlogère (BIPH), un team de journalistes collaborant avec une quinzaine de médias dans le monde, dont Bilan et le Figaro. Sa plume sûre et parfois acérée est aussi à l’aise sur les questions techniques que sur les enjeux liés à la branche et à son économie. Michel Jeannot est également éditeur et rédacteur en chef du magazine Montres Le Guide / Uhren von A bis Z / 顶级钟表鉴 (225 000 exemplaires).

TAG Heuer : le cas d’école

En inaugurant sa manufacture de Chevenez, TAG Heuer fait un pas important vers davantage d’indépendance. Partie de très loin sur le versant industriel, la société est un parfait cas d’école des mutations que doivent entreprendre les marques horlogères, sous peine de disparaître.

 Quarante millions de francs, c’est le montant des investissements consentis par TAG Heuer depuis 5 ans pour développer deux calibres chronographes et l’outil industriel nécessaire à en produire les composants essentiels. C’est à la fois peu en regard des montants colossaux souvent évoqués dans l’horlogerie pour développer et produire des mouvements mécaniques – d’autant que TAG Heuer partait de rien ou presque -, et c’est évidemment beaucoup pour une marque qui n’aurait pas l’assise financière de TAG Heuer (adossée au groupe LVMH).

 Avec l’inauguration de sa manufacture de production d’ébauches et d’assemblage à Chevenez, TAG Heuer complète ainsi son parc industriel. Outre ses ateliers, sa R&D et son siège de La Chaux-de-Fonds, la marque est propriétaire de Cortech (fabrication de boîtiers) et d’Artecad (cadrans).

 « D’une feuille blanche »

 Dévoilé cette semaine, le calibre 1969 (attendu jusqu’alors sous le nom de calibre 1888), mouvement chronographe à remontage automatique, « a été conçu à partir d’une feuille blanche », insiste-t-on chez TAG Heuer. Le lancement du calibre 1887 à fin 2009, dont TAG Heuer avait oublié de préciser qu’il avait été conçu sur la base de plans Seiko, a visiblement laissé des traces. Pour l’amateur, le nouveau calibre 1969 sera aisément identifiable avec ses compteurs à 3h-6h-9h contre une disposition 6h-9h-12h pour le 1887. Par ailleurs, l’échappement du 1969 est d’origine suisse puisqu’il provient de chez Atokalpa (propriété de la Fondation de famille Sandoz) tandis que l’échappement du 1887 est livré par Seiko. Autre élément d’importance, les deux calibres chronographes in-house 1887 et 1969 ne répondent que partiellement aux besoins de TAG Heuer, la marque se fournissant pour des volumes significatifs chez Sellita (SW500) pour compenser les diminutions de livraisons de mouvements Valjoux (Swatch Group).

 De la feuille blanche à la sortie des premiers mouvements, deux ans et quelques mois ont été nécessaires. C’est relativement peu dans une industrie habituée à avancer à un train de sénateur. Outre ses caractéristiques techniques (4Hz, 70 heures de réserve de marche, 6,5 mm d’épaisseur, roue à colonnes, embrayage vertical) l’intérêt de ce nouveau calibre est la philosophie qui sous-tend toute sa conception. Tout a été pensé dans un souci de rationalisation, de diminution des temps de passage, et également de simplification des opérations d’assemblage et de service après-vente. C’est dire que ce nouveau calibre, loin des standards et des volumes de la haute horlogerie, est véritablement un mouvement chronographe conçu dans une optique de production industrielle. De conception semi-modulaire – le module de quantième sert par exemple de pont de rouages -, le calibre 1969 se situe quelque part entre les calibres traditionnels de haute horlogerie et le mouvement de la Swatch Sistem51. Pas de doute, nous sommes bien dans une vision industrielle de l’horlogerie.

 Pas insurmontable

 Un minimum de main-d’œuvre pour un maximum d’efficacité. Telle est aujourd’hui l’indispensable voie à suivre pour les marques de volume actives dans ce segment très concurrentiel qui entendent demeurer compétitives lors du délicat passage de l’approvisionnement via la sous-traitance à une production propre.

 Entre ses deux calibres chronographes 1887 et 1969, TAG Heuer entend produire 100'000 unités d’ici 2016. La production actuelle dépasse les 50'000 unités, ce qui fait dire à Stéphane Linder, CEO de TAG Heuer, que « nous serons en 2014 la marque qui produira le plus de chronographes in-house pour ses propres besoins ». Lorsqu’on se souvient que TAG Heuer ne produisait aucun mouvement chronographe il y a cinq ans, le bond est spectaculaire. Mais cela démontre aussi que la quête d’indépendance – TAG Heuer en est encore loin - n’est pas une vision insurmontable.

 L’autre intérêt réside dans les mouvements à venir. Avec son nouvel outil industriel très souple, TAG Heuer est en mesure de changer de production, même pour des séries relativement courtes. Ainsi, il est prévisible que des innovations présentées jusqu’ici sur des pièces de haute horlogerie à plusieurs dizaines de milliers de francs, se retrouvent dans des chronographes beaucoup plus abordables. On parle déjà d’un chronographe mécanique au 100ème de seconde à moins de 10'000 francs suisses. Et viendra assurément aussi un mouvement automatique trois aiguilles. TAG Heuer n’a de toute évidence pas encore abattu ses dernières cartes.

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