Colin Xavier

JOURNALISTE

Xavier Colin est journaliste, chercheur associé au GCSP, le centre de politique de sécurité de Genève, fondateur de GEOPOLITIS et ambassadeur de Terre des hommes.

Syrie: géopolitique de la honte

Un convoi humanitaire dûment signalé et en route vers Alep se voit délibérément visé et bombardé par l’aviation d’un pays membre de l’ONU: 20 morts. On réduit ainsi à néant les espoirs d’une population affamée et désespérée; on dénonce un «crime de guerre»; on promet une enquête. Et puis, plus rien! On observe un silence lourd d’incompréhension et d’impuissance. 

L’archevêque d’Alep appelle au secours la communauté internationale, évoque ces cinq longues années de violence et de terreur dans la ville martyre. On ne l’écoute pas. Et quand il évoque la réalité historique selon laquelle c’est la Syrie qui a vu naître le christianisme, on ne lui prête pas plus attention.

C’est ainsi: la situation en Syrie, en dépit des efforts incessants de nombreux organismes et organisations humanitaires, en dépit des discussions – interminables – menées par des diplomates et des négociateurs motivés et déterminés, cette situation est l’exemple – rare – de ce que la géopolitique internationale peut offrir de plus condamnable: la honte.

On n’y croit plus

Autres exemples, autres motifs de colère et de désespoir: l’arme chimique est utilisée à l’encontre de populations civiles. On vérifie: les faits sont avérés. On fixe une ligne rouge à ne pas dépasser. On ne s’y tiendra pas. Comme d’habitude.

Le conflit a déjà provoqué la mort de plus de 400  000 hommes, femmes et enfants? C’est devenu une froide statistique. On ne s’y attarde pas.

On explique que cette guerre se poursuit depuis maintenant plus de cinq ans, soit plus longtemps que la Seconde Guerre mondiale: on ne s’en étonne plus.

Sur 22 millions de citoyens syriens, on estime que plus de la moitié de la population (12 millions) a dû quitter sa maison, son appartement, sa ville. Ce sont des déplacés. Ou des réfugiés. Peut-on imaginer la France envoyant sur les routes de l’exil ou de l’exode 33 millions de ses habitants? Ou la Suisse contrainte de voir 4 millions de ses citoyens prendre la fuite? On n’ose pas même l’envisager.

Une pause dans les affrontements est laborieusement négociée? On n’y croit pas. Un cessez-le-feu doit rentrer en vigueur? On n’y croit plus. 

On apprend que, depuis le début du conflit, 757 membres du personnel médical ont trouvé la mort et qu’à Alep il ne reste plus que 30 médecins, dans des hôpitaux régulièrement bombardés? Un moment d’indignation, et puis on oublie. 

Le rouge de la honte

On rappelle qu’il y a cinq membres au Conseil de sécurité des Nations Unies: Etats-Unis, Russie, Chine, France et Grande-Bretagne. A l’exception notable de la Chine, il apparaît que ces nations sont toutes engagées en Syrie dans des missions militaires aériennes ou terrestres, lesquelles, d’un côté comme de l’autre, à des degrés forts divers, sèment la terreur, tuent des civils et engendrent des destructions massives. Ceux-là mêmes qui sont chargés par la charte de l’ONU d’assurer la paix…  font la guerre. On ne s’en émeut pas. Parce que l’on ne s’en étonne plus.

En raison de la durée cruelle et prolongée de ce conflit, des dizaines de milliers d’enfants syriens n’ont pas eu accès à une scolarité décente depuis plusieurs années. Certains sont réfugiés en Europe. Ils ont 14 ou 15 ans, ils ne savent pas tous lire ou écrire, on les trouve dans les rues de nos grandes villes. Qui va s’occuper d’eux, les aider à vivre, à ne tomber ni dans la délinquance ni dans les pièges de la propagande djihadiste? C’est tout juste si l’on s’en soucie.

En Syrie, la couleur dominante, en ces temps de guerre, c’est le rouge. Le rouge du sang.

Au niveau de la politique internationale, la couleur dominante, en ces temps d’impuissance, est également le rouge. Le rouge de la honte.

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