Colin Xavier

JOURNALISTE

Xavier Colin est journaliste, chercheur associé au GCSP, le centre de politique de sécurité de Genève, fondateur de GEOPOLITIS et ambassadeur de Terre des hommes.

Syrie: Et si on préparait déjà «Genève 3»?

Non sans mal, on organisa la conférence dite «Genève 1»: c’était en juin 2012. Cette première réunion internationale n’eut guère de suites politiques: le départ du président syrien était une précondition à la formation d’un gouvernement d’union nationale. La guerre continua.

Nous sommes à présent à quelques encablures diplomatiques de «Genève 2»: dans le courant de ce mois de novembre, espère-t-on! Avec l’idée de réunir autour d’une table tous les protagonistes, quels qu’ils soient. Et l’espoir – ténu – que la guerre s’arrêtera.

Et si l’on pensait – d’ores et déjà – à organiser «Genève 3»? Celle-là serait, le plus tôt possible, la conférence de la reconstruction: la reconstruction de la Syrie. Une œuvre titanesque, à l’échelle d’un pays martyrisé par trente mois de conflit.

Connaissez-vous beaucoup de pays où UN TIERS DES HABITATIONS ont été détruites par la guerre?

Avez-vous des exemples de nations où 3000 ÉCOLES ont été totalement ou partiellement dévastées, au point que DEUX MILLIONS D’ENFANTS sont privés de toute instruction?

Pouvez-vous citer des pays où UN QUART de la population se retrouve sans abri?

Les premières estimations relatives à une reconstruction de la Syrie constitueraient les bases de cette conférence dite «Genève 3», où se réuniraient tous ceux qui se prétendent si ouvertement préoccupés par le sort des 20 millions d’habitants du pays: Etats-Unis, Russie, Arabie saoudite, Qatar, Turquie, Iran, sans oublier la Grande-Bretagne et la France.

Il serait fait état du tout dernier bilan du coût des destructions provoquées par le conflit syrien: un peu plus de 1500 milliards de dollars! Un premier engagement financier se monterait, évoquent les spécialistes, à 73 milliards de dollars.

Le pays aurait besoin d’ouvrir dans l’urgence près de 10  000 chantiers, qui nécessiteraient l’appui de quelque 15  000 camions et 10  000 bétonnières. Pour rester dans le domaine béton, précisément, il serait nécessaire de pouvoir compter sur 400 millions de mètres cubes de ce matériau, auxquels il conviendrait d’adjoindre 30 millions de tonnes de fer!

Et la main-d’œuvre? On parle ici de 6 millions d’ouvriers qui devraient être mobilisés!

Ce n’est pas tout. En Syrie, les réserves de devises étrangères se sont épuisées à grande vitesse, notamment en raison de la chute de la production dans les secteurs énergétiques.

La production pétrolière? Elle a chuté de près de 90% depuis ce jour de mars 2011 qui a vu le début du conflit. Le gouvernement, qui communique ces données statistiques, a beau jeu de rappeler que la plupart des installations pétrolières se trouvent dans la partie est du pays, et par conséquent, pour l’essentiel, aux mains des rebelles.

Le tourisme? Le commerce extérieur? Secteurs moribonds, qui, eux aussi, ne pourraient se redresser qu’avec le temps et des financements se montant à plusieurs centaines de millions de dollars.

Par ailleurs, il convient de ne point oublier le fabuleux patrimoine syrien que l’on détruit, pille ou délaisse. Qui reconstruira le minaret de la grande mosquée d’Alep? Comment réhabiliter le site gréco-romain d’Apamée? Qui empêchera le pillage du site de Palmyre ou de l’ancienne ville de Damas?

Enfin, et ce serait aussi au cœur des décisions de «Genève 3», on se ferait un devoir d’éviter, en matière de reconstruction d’un pays, les mêmes erreurs que celles commises en Irak, en Afghanistan ou en Libye.

Ne devrait-on pas, avant toute autre démarche, œuvrer à concrétiser ce qui serait le ciment même de toute l’opération, ce matériau que l’on ne trouve pas sur les champs de bataille: la CONFIANCE, seul lien possible et durable entre toutes les communautés du pays?

«Genève 2» ne s’est pas encore concrétisée? Et alors? Il est déjà venu le temps de penser à «Genève 3»!

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