Laurent Bakhtiari

MARKET ANALYST

Laurent Bakhtiari est diplômé d’un Master en Finance d’Audencia Nantes et d’un Master en mathématiques quantitatives d’Imperial College London. Fort d’une expérience de plus de 10 ans en salle des marchés au sein de diverses institutions financières telles que Merrill Lynch, BNP Paribas et Credit Suisse, Laurent livre régulièrement, à destination des médias et des clients, des analyses de marchés ainsi que des analyses macro et microéconomiques.

Swisscom: une action neutre

Le 3 mai dernier, Swisscom a publié ses résultats du premier trimestre 2016. Ces résultats n’ont que peu surpris les analystes, qui s’attendaient, globalement, à ces chiffres. Le chiffre d’affaires est resté stable par rapport au Q1 2015 (à 2.89 mds CHF).

L’EBITDA et le résultat net ont connu des fortunes identiques, malgré la hausse des amortissements de la société. Le premier a connu une hausse de 2.9% à 1.08 mds CHF, alors que le second a augmenté de 3.7% à 364 millions de francs. La filiale italienne Fastweb, que Swisscom possède depuis 2007, a dégagé un chiffre d'affaires en hausse de 2.6%, à 440 millions d’euros, grâce aux segments retail et commercial, qui sont tous deux en légère progression. Le chiffre phare de ce premier trimestre est l’EBITDA de Fastweb qui a grimpé de plus de 9% à 131 millions d’euros.

La situation sur le marché mobile suisse est très particulière. Il est intéressant de se focaliser sur ce marché car il s’agit de la plus grande source de revenus pour le groupe, et les comparaisons entre pays et structures sont plus simples. Ainsi, Swisscom, bien que leader incontesté sur le marché suisse, voit sa domination s’effriter au profit de Sunrise. Preuve en est, depuis 2006, le nombre d’abonnés mobile a progressé de 4.6 à 6.6 millions de raccordements, soit une part de marché qui a évolué de 62.7% à près de 55%. Dans le même temps, les abonnés de Sunrise ont augmenté de 1.3 à 3.2 millions de raccordements (18.4% à 26.9% de parts de marché). Il s’agit ainsi du concurrent le plus redoutable pour la firme.

Même si la tendance n’est pas bonne, la situation de Swisscom est quasiment unique en Europe. En effet, avec près de 55% de parts de marché, il est loin devant les autres leaders européens sur leur marché domestique, comme Orange en France (39.8%), T-Mobile en Allemagne (35.7%) ou Proximus en Belgique (42%, avec, pourtant, un environnement domestique comparable). Toutefois, la saturation de ce marché pose problème au groupe. Celle-ci se traduit par des taux de pénétration bien au-delà des 100% en Europe et en Suisse (144.9%) et des nouveaux abonnements mobiles en berne chez Swisscom (47 000, soit +0.7% sur un an). Cette année, le salut est venu des tarifs plus attractifs sur le roaming.

En revanche, la situation sur le broadband semble plutôt positive. En effet, aujourd’hui, Swisscom fournit près de 1.968 millions de lignes en Suisse contre plus de 0.34 million pour son premier concurrent (Sunrise), ce qui lui procure une position de leader incontesté. Toutefois, même si la Suisse se classe parmi dans le haut du panier avec près de 50% de raccordements fixes au broadband, ceux-ci restent encore faibles en Europe. Nous pensons qu’il y a encore beaucoup de potentiel à ce niveau et les prochaines années devraient être cruciales pour le groupe. La stratégie du groupe s’est d’ailleurs positionnée sur le broadband, en témoigne l’acquisition de Fastweb en Italie.

Nous pensons que ces chiffres sont dans l’ensemble plutôt positifs et peuvent augurer d’une légère amélioration pour le cours de l’action, notamment grâce aux différents relais de croissance (broadband et acquisitions). Cela se traduit également dans notre analyse financière.

En effet, en utilisant le modèle d’actualisation des dividendes, nous atteignons un objectif de prix de 530 CHF par action, soit une hausse de plus de 7% par rapport au cours actuel. Le dividende par action devrait rester plutôt stable cette année, aux alentours des 22 CHF, ce qui permettrait de conserver un taux de rendement des dividendes au-dessus de 4% et qui devrait permettre à l’action de conserver un ratio EV/EBITDA supérieur à 8, largement au-dessus de celui du secteur (6.5 environ). Le prix de 530 CHF devrait fournir un P/E de 17.6 environ, ce qui continuerait à placer la société dans la tranche haute du secteur. Ainsi, nous pensons que Swisscom est une action à avoir et/ou conserver au sein de son portefeuille en 2016.

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