Michel Jeannot

FONDATEUR DE WTHEJOURNAL.COM

Journaliste spécialisé, fondateur du site WtheJournal.com et des applications iPhone, iPad et Android associées, Michel Jeannot est à la tête du Bureau d’Information et de Presse Horlogère (BIPH), un team de journalistes collaborant avec une quinzaine de médias dans le monde, dont Bilan et le Figaro. Sa plume sûre et parfois acérée est aussi à l’aise sur les questions techniques que sur les enjeux liés à la branche et à son économie. Michel Jeannot est également éditeur et rédacteur en chef du magazine Montres Le Guide / Uhren von A bis Z / 顶级钟表鉴 (225 000 exemplaires).

Swiss Made: entre hypocrisie et irresponsabilité

En 2007, les quelque 500 membres de la Fédération de l’Industrie Horlogère Suisse (FH) se prononçaient à 87% pour un renforcement des exigences relatives au label Swiss Made. Ils entendaient faire passer la « suissitude » d’une montre de 50% de composants suisses (de la valeur du mouvement) à 60% et 80% (de la valeur de la montre) pour les modèles respectivement à quartz et mécaniques. Près de six ans plus tard, le projet n’est toujours pas sous toit. Pire, il semble sérieusement enlisé.

Si, du point de vue du consommateur, le relèvement de ces exigences paraît d’autant plus naturel que ce dernier est souvent déjà persuadé qu’une montre « Swiss Made » est produite à 100% en Suisse, les législateurs ne l’entendent pas de la même oreille. En Suisse comme à l’étranger.

Dire aujourd’hui que le « Swiss Made » - comme nombre d’autres labels et appellations d’origine – est tout à la fois un écran de fumée et un outil marketing relève de toute évidence de la banalité. Prétendre qu’il est une hypocrisie majeure dans laquelle entendent se complaire encore longtemps de nombreux acteurs économiques suisses est une réalité.

Passons sur les détails, mais le projet horloger de renforcement des exigences relatives au « Swiss Made » est aujourd’hui englobé dans une révision plus globale sur les marques, connue sous le nom de projet « Swissness ». Cette nouvelle loi qui devrait s’appliquer à l’ensemble des acteurs économiques en Suisse – et pas seulement aux horlogers – tourne en rond au Parlement, les élus se déchirant sur la nécessité d’appliquer des taux de 50% ou de 60%. C’est dire qu’on est de toute façon assez loin des prétentions affichées en 2007 par la FH.

Incapables d’imposer leurs vues

Comme si cela ne suffisait pas, certaines marques horlogères – très minoritaires - s’opposent à ces modifications légales. Sous prétexte que ce renforcement menacerait des milliers d’emplois en Suisse, ces opposants regroupés sous un fumeux groupement « IG Swiss Made », qui compte paraît-il des entreprises horlogères ne voulant pas apparaître publiquement - et pourquoi donc ? - a naturellement d’autres objectifs. A savoir continuer à produire beaucoup de composants de la montre à bas prix à l’étranger.

Prétendre le contraire est non seulement dénué de tout fondement, mais fait preuve d’une totale mauvaise foi. Ces horlogers irresponsables sont accompagnés dans leur croisade par des organisations économiques importantes ainsi que par des parlementaires – ô surprise - nationalistes qui ne semblent pas trop préoccupés par la défense de l’emploi en Suisse !

En dépit des efforts intenses de la FH, cette incapacité des horlogers suisses à imposer leurs vues sur un projet sensible en dit long sur leur désintérêt de la chose publique. Trop occupés à produire, à façonner leur image et à courir le monde, ils en ont oublié que certaines décisions se prenaient encore au Parlement à Berne. Sans même parler de ceux qui, de leur siège à l’étranger, ne savent même pas ce qui se trame dans la capitale fédérale. La faiblesse du lobby horloger dans les coulisses du parlement suisse en est une autre illustration.

Dans ces conditions, les ambitions affichées en 2007 par les membres de la FH relèvent aujourd’hui du leurre. D’autant que si d’aventure les horlogers étaient finalement entendus à Berne, ils devraient ensuite battre le fer contre l’UE. Et l’obstacle serait alors d’une autre taille.

Contrôler ?

Légiférer, c’est bien; contrôler l’application des lois, c’est encore mieux. Or les dispositions actuelles sur le « Swiss Made » ne prévoient rien en la matière et le projet « Swissness » est encore bien loin de ces préoccupations. Autant dire que d’échafauder des exigences supérieures sans prévoir de les contrôler perd tout de même un peu de son sens…

Au final, une question demeure: l’horlogerie suisse survivrait-elle à un « Swiss Made » low cost tel qu’il est pratiqué aujourd’hui ? Sans doute oui, quand bien même les opportunistes profiteraient toujours davantage de la faiblesse de ce label pour se glisser dans ses brèches et lui porter encore davantage atteinte. Dans ce contexte, pour défendre la place de l’horlogerie suisse en Suisse, il est indispensable que tous les acteurs de la branche se mobilisent sérieusement et testent toutes les options, quitte à imaginer d’emprunter de nouvelles voies.

 

 

 

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