Michel Jeannot

FONDATEUR DE WTHEJOURNAL.COM

Journaliste spécialisé, fondateur du site WtheJournal.com et des applications iPhone, iPad et Android associées, Michel Jeannot est à la tête du Bureau d’Information et de Presse Horlogère (BIPH), un team de journalistes collaborant avec une quinzaine de médias dans le monde, dont Bilan et le Figaro. Sa plume sûre et parfois acérée est aussi à l’aise sur les questions techniques que sur les enjeux liés à la branche et à son économie. Michel Jeannot est également éditeur et rédacteur en chef du magazine Montres Le Guide / Uhren von A bis Z / 顶级钟表鉴 (225 000 exemplaires).

Swatch : le grand malentendu

La petite montre en plastique célèbre ses 30 années de succès. Mais davantage qu’une réussite commerciale, cette invention géniale a creusé le sillon d’une horlogerie qui est son exact inverse : la haute horlogerie. Et ses inventeurs n’avaient jamais imaginé cela.

Ils avaient assurément du génie, mais ils n’ont de toute évidence pas compris le séisme qu’allait provoquer leur invention. Au début des années 80, dans un paysage horloger suisse dévasté, les créateurs de la Swatch cherchent à développer une montre bon marché – si possible plate - apte à concurrencer les Japonais sur leur terrain de prédilection qu’est la montre à quartz bon marché et qui a ravagé l’horlogerie mécanique suisse dès la fin des années 70. Malgré des débuts difficiles, la Swatch a ensuite connu le succès phénoménal que l’on sait.

Si elle a apporté financièrement une bouffée d’oxygène à une SMH (qui deviendra Swatch Group en 1998) alors en difficulté, elle a surtout planté les germes d’une révolution majeure. D’objet utilitaire, la montre, grâce à la Swatch, est devenue un accessoire. Voilà la véritable mutation amorcée par la petite montre en plastique. Car déconnecter l’objet montre de sa fonction première ouvrait la voie à l’horlogerie de l’inutile, à l’horlogerie du rêve, à la montre œuvre d’art. Ce changement de paradigme a fondamentalement modifié l’horlogerie suisse et les perspectives qui s’ouvraient à elle. Mais ce n’était pas suffisant : il faudra encore quelques pensées visionnaires pour transformer l’essai.

Le deuxième apport de Swatch au renouveau de la montre mécanique réside dans le fait que la montre en plastique a redonné un coup de jeune à l’affichage analogique, à une époque ou seul le digital paraissait dans le vent.

La troisième révolution de Swatch tient dans la décision de Nicolas G. Hayek de lancer en 1991 une montre Swatch mécanique à remontage automatique dans le but de préserver les emplois et l’outil de production de Nivarox FAR. Cette entreprise de la SMH est alors la seule à maîtriser encore la production de cet élément stratégique de la montre mécanique qu’est le balancier spiral. Sans les commandes de Swatch, ce savoir-faire aurait très certainement disparu. Il allait pourtant être l’indispensable chaînon dans le renouveau de l’horlogerie mécanique.

30 ans après l’arrivée de la première Swatch sur les marchés, les faits sont là. Excepté les ventes de Swatch qui se chiffrent toujours à plus de 10 millions de montres par an, la Suisse a perdu la bataille du bas de gamme – pratiquement sans combattre –et ne vit aujourd’hui que par la haute horlogerie. Sur un milliard de montres fabriquées par an dans le monde, la Suisse en produit quelque 30 millions (3%). Mais ces 3% représentent près de 55% de la valeur de l’horlogerie mondiale.

Voilà comment la petite montre bon marché à quartz a creusé le sillon de la montre mécanique haut de gamme. Joli tour de passe-passe.

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