Laurent Bakhtiari

MARKET ANALYST

Laurent Bakhtiari est diplômé d’un Master en Finance d’Audencia Nantes et d’un Master en mathématiques quantitatives d’Imperial College London. Fort d’une expérience de plus de 10 ans en salle des marchés au sein de diverses institutions financières telles que Merrill Lynch, BNP Paribas et Credit Suisse, Laurent livre régulièrement, à destination des médias et des clients, des analyses de marchés ainsi que des analyses macro et microéconomiques.

Sunrise, à l’aube d’une nouvelle ère

Le 6 février dernier, le groupe de télécommunications suisse Sunrise s’est introduit en Bourse. Le prix d’émission était de 68 francs par action, ce qui valorisait la société à plus de 3 milliards de CHF. L’IPO (Initial Public Offering ou introduction en Bourse) a été un succès car, dès la première journée, le titre a clôturé à 76 CHF. De plus, 5 millions de titres supplémentaires ont été mis en vente par CVC, le fonds d’investissement propriétaire de Sunrise. Le marché suisse n’avait pas connu une IPO aussi importante depuis 2006 et l’introduction en Bourse de Petroplus (délistée depuis).

La société semble, en outre, posséder une bonne position sur son marché. En effet, Sunrise est le deuxième opérateur téléphonique suisse, derrière le mastodonte Swisscom. Il possède 27.4% des parts de marché sur la téléphonie mobile et 14.3% sur l’ADSL. D’un point de vue financier également, la logique officielle de Sunrise est de diminuer le poids de son endettement via cette introduction en Bourse. En effet, la dette pourrait être abaissée à 1.7 milliards de CHF contre 2.9 aujourd’hui. Lot de toutes les sociétés cotées, Sunrise s’est même engagée à verser, en 2016, un dividende « d’au moins 135 millions de CHF » au titre de l’exercice 2015. Ainsi, sur le papier, ceci semble une bonne opération pour la société et pour les investisseurs.

Est-ce que Sunrise est un bon investissement ?

Toutefois, cette introduction en Bourse ne semble pas aussi intéressante qu’elle n’y paraît. En effet, il faut se remémorer que, depuis déjà plusieurs années, CVC tente de revendre Sunrise. On se souvient, entre autres, de la tentative de fusion ratée avec Orange, en 2010. Depuis lors, CVC a tenté, à maintes et maintes reprises, de vendre la société. Mais le résultat s’est toujours soldé par un échec. Ainsi, l’introduction en Bourse semble être une manière, à moyen-terme, de se désengager de la société, en revendant progressivement ses actions. En effet, CVC contrôlait près de 90% de Sunrise avant l’IPO. Un objectif possible du fonds d’investissement pourrait donc être de vendre progressivement ses titres afin d’atteindre un pourcentage de contrôle plus faible et de pouvoir attirer plus facilement de potentiels acheteurs. Rappelons que CVC a déjà vendu 5 millions de titres supplémentaires. D’autre part, il faut se rappeler que Xavier Niel, le CEO d’Iliad, a racheté Orange Suisse et va probablement utiliser son expérience pour baisser le prix des télécommunications. Ainsi, la stratégie de vente semble plus urgente que prévu car la société devra s’adapter ou alors connaîtra des pertes. Enfin, des rumeurs circulent disant que CVC ne possède déjà plus que 25.7% de Sunrise. Ce chiffre semble bien trop étonnant sachant que CVC possédait 40 millions d’actions avant l’IPO et depuis il s’en est traité 9.3 millions d’actions. Même si une seule entité avait acheté tous ces titres (ce qui serait hautement improbable), cela ne représenterait que 20% de la société environ. Alors à moins d’une opération hors Bourse, ce chiffre devra être complété par la part hors-Bourse que CVC a.

Au final, l’investisseur devra se montrer méfiant de cette action car elle peut potentiellement baisser (si CVC se débarrasse en bloc de ses actions) puis grimper fortement (si un acheteur propose une prime lors d’une OPA). Pour CVC, il s’agit là d’une stratégie intelligente mais risquée. En effet, si un acheteur ne survient pas rapidement, CVC devra supporter les risques associés à la cotation de ses titres…

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