Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

SUITE/Les collectionneurs préfèrent les galeristes et les achats aux artistes

Crédits: Galerie Imane Farès, Paris

La foire, d'«Art/Basel» au plus modeste «Artgenève», tient aujourd'hui de la messe. Mais curieusement l'amateur d'art pointu contemporain s'adresse en priorité aux galeristes. Certains amateurs achètent même avant tout aux artistes, dont ils ont souvent été les premiers clients. Les inventeurs. Les enchères, et plus encore le web et les autres collectionneurs, ne sont en revanche pas perçus comme des sources d'approvisionnement acceptables. Tout au plus occasionnelles. Mais attention! Il faut que les galeristes se montrent courtois. Un des interviewés (il y en a, mais à mon avis insuffisamment, d'où une certaine sécheresse) explique «que le rapport qu'on a un France avec le "vulgum pecus" est plutôt mauvais, alors que Leo Castelli, à New York, disait bonjour à tout le monde en dépit de ses toiles à 17 millions de dollars.» Comme pour tout, la clientèle doit se mériter. 

Voilà. Il y a comme cela des milliers de renseignements, souvent inattendus. Plus, bien sûr, une couche de sociologie. Il faut aujourd'hui des «bourdieuseries» (citations de Pierre Bourdieu, mort en 2002) comme l'Eglise débitait jadis des bondieuseries. Impossible de ne pas évoquer ici son fameux «capital culturel incorporé». Mais au lignage, à la famille, Nathalie Moureau, Dominique Sagot-Duvauroux substituent en grande partie les rencontres, ce qui me semble plus actuel. Ils (Dominique est un homme) ne vont pas jusqu'à développer l'idée de hasards, qui me semble pourtant essentielle, bien qu'inavouable. Toute collection, ou presque, ve veut construite. C'est rarement le cas, surtout au début.

Une imbrication de motivations 

Il me faut ici conclure, avec les auteurs. «De façon attendue, les collectionneurs français sont majoritairement aisés, diplômés et franciliens.» Sur cette base, les différences, voire les dissidences commencent. Le coup de cœur va mal avec la cohérence. Il y a ceux qui aiment à rencontrer les créateurs et les autres. «Dans tous les cas, collectionner est le résultat d'une imbrication de motivations.» Il s'agit aussi d'un «processus évolutif». Le goût évolue. Les achats s'affinent. Il convient de tenir compte des «jeux d'influence, si importants sur un marché où l'incertitude sur la qualité est grande.» Enfin, le tout dernier mot du bouquin est dit sur ce milieu «sur lequel les collectivités publiques et les institutions, notamment muséales, devraient s'appuyer.» Les collectionneurs, au moins, sont toujours motivés! 

(1) Elles restent cependant, le livre le prouve, largement minoritaires. Il existe cependant de nombreux couples de collectionneurs.
(2) Si vous voulez des portraits récents, je vous renvoie à «Collectionneurs», d'Anne Martin Fugier, paru en 2012 aux Editions Actes Sud. Les gens y parlent admirablement d'eux-mêmes.

Pratique

«Collectionneurs d'art contemporain, Des acteurs méconnus de la vie artistique», de Nathalie Moureau, Dominique Sagot-Duvauroux et Marion Vidal, édité par le Ministère de la culture français, 208 pages.

Photo: La vitrine de la galerie Imane Farès à Paris. Elle se trouve au coeur d'un quartier favorable à ce secteur, rue Mazarine, Rive Gauche.

Ce texte forme la suite d'un autre, qui se trouve une case plus haut dans le déroulé.

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