Jean Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Suisse-Chine: les chiffres des échanges sont trompeurs

La Chine est une pièce-maîtresse de la diplomatie économique de la Suisse. Au cours de ces derniers mois, pas moins de cinq conseillers fédéraux se sont rendus dans l’Empire du Milieu qui est devenu en quelques années le troisième partenaire commercial de la Suisse après l’Union européenne et les Etats-Unis.

L’an dernier, les deux pays ont signé un accord de libre-échange destiné à faciliter leurs exportations et leurs importations. Dans quelques semaines, le Conseil des Etats ratifiera ce traité dont l’entrée en vigueur est prévue au plus tôt pour le 1er juin 2014. 

Reste que personne ne parvient réellement à mesurer son impact sur l’économie helvétique. Car les chiffres des échanges sont difficiles à cerner. Jusqu’en 2010, la Suisse figurait parmi les rares pays occidentaux à disposer d’une balance commerciale positive avec la Chine.

Or, un changement important du concept de provenance géographique des marchandises intervenu au 1er janvier 2012 a complètement modifié la donne. Selon une estimation réalisée par l’Administration fédérale des douanes (AFD) pour 2011, l’excédent de 2,2 milliards de francs s’est transformé en un déficit de 1,2 milliard de francs. La raison: les importations ne sont plus calculées selon le «pays de production», mais selon le «pays d’origine». Le pays de production désigne le territoire dans lequel une marchandise est fabriquée ou dédouanée (par exemple dans un port allemand ou néerlandais) avant son importation en Suisse. Le pays d’origine est celui où le produit est entièrement ou principalement conçu. 

On croyait que ces nouveaux chiffres étaient plus proches de la réalité. Mais il faut déchanter. Dans une interview publiée par La Vie économique (une publication du Département fédéral de l’économie), l’ambassadeur Christian Etter, qui a négocié l’accord avec la Chine, reconnaît que les statistiques sont trompeuses et diffèrent même considérablement selon les données publiées en Suisse et en Chine pour 2012.

Si on se base sur les chiffres de l’AFD, les exportations de la Suisse se sont élevées à environ 8 milliards de francs. Mais, d’après la douane chinoise, les importations en provenance de notre pays atteignaient 21 milliards de francs. De leur côté, selon l’AFD, les importations de la Suisse ont légèrement dépassé 10 milliards de francs, alors que, pour son homologue chinois, les exportations vers la Suisse n’ont porté que sur 3,5 milliards de francs. 

Christian Etter explique que «les statistiques sont très peu précises sur les pays de destination au moment où une marchandise quitte la Suisse et sur le pays d’origine quand elle arrive en Chine. D’autres décalages se manifestent dans les échanges qui transitent par les ports francs.» Malgré le peu de fiabilité des statistiques, l’ambassadeur estime qu’«au moins 95% de nos exportations vers la Chine bénéficieront d’avantages tarifaires dans le cadre de l’accord de libre-échange.»

Mais il reconnaît néanmoins que «le taux de couverture ne sera mesurable qu’après son entrée en vigueur, autrement dit quand on connaîtra les exportations et les importations réelles effectuées dans ce cadre.»

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