Langlo Jan

DIRECTEUR DE L'ASSOCIATION DE BANQUES PRIVÉES SUISSES

Jan Langlo est titulaire d’un brevet d’avocat au barreau de Genève et d’un diplôme d’expert fiscal. Il a débuté sa carrière de fiscaliste auprès de Lenz & Staehelin, puis au sein de l’étude Oberson & Associés avant de rejoindre le Groupe Pictet en 2007 en tant que conseiller juridique et fiscal. Au bénéfice d’une grande expérience dans le domaine fiscal, Jan Langlo a rejoint l’Association de Banques Privées Suisses en janvier 2014 en qualité de Directeur adjoint. Depuis le 1er juillet 2015, il occupe le poste de directeur de l’ABPS, où il oeuvre à la défense politique des intérêts des banques actives dans le domaine de la gestion de fortune. Il exerce en parallèle le mandat de Secrétaire général de l’Association des Banquiers Privés Suisses. Jan Langlo siège au sein de diverses commissions et groupes de travail de l’Association suisse des banquiers.

Stimulons le troisième cotisant!

Actuellement, le Parlement fédéral planche sur l’avenir de notre système de prévoyance. Ayant lu dans la presse que les hommes de 40 ans seraient les plus affectés, j’ai décidé de creuser le sujet, en me concentrant sur le deuxième pilier, la prévoyance professionnelle (LPP). C’est là que je me suis rendu compte du rôle central joué par le rendement, ce troisième cotisant aux côtés de l’employeur et de l’employé.

Mais commençons par le début : la loi en vigueur prévoit des cotisations minimales, dont l’employeur doit payer au moins la moitié, qui varient selon l’âge de l’employé : 7% de 25 à 34 ans, 10% de 35 à 44 ans, 15% de 45 à 54 ans et 18% de 55 à 64 ans, pour les femmes, ou 65 ans pour les hommes. Cela représente en 40 ans de cotisations 500% du salaire assuré, à salaire constant.

Le salaire médian en Suisse était en 2014 d’environ 6'200 francs, c’est-à-dire que la moitié de la population active gagnait plus et l’autre moins. Cela représente un salaire annuel de 74'400 francs, et comme la loi prévoit une déduction de coordination de 24'675 francs à ce jour, on peut considérer pour simplifier que le salaire médian assuré dans la LPP est d’au moins 50'000 francs.

Cela signifie que l’avoir de prévoyance médian devrait se situer, hors rendement, autour de 250'000 francs (500% de 50'000 francs). Bien entendu, rien n’empêche la caisse de prévoyance retenue par l’employeur de prévoir plus de cotisations et donc un plus grand avoir de prévoyance à l’âge de la retraite. Cet avoir – pour la partie qui n’est pas retirée en capital - est ensuite converti en rentes. C’est là qu’intervient le fameux taux de conversion, qu’il est prévu de diminuer de 6.8% à 6%. La rente annuelle médiane passerait donc de 17'000 francs (6.8% de 250'000) à 15'000 francs (6% de 250'000).

Un mot à ce sujet : le taux de conversion est censé refléter l’espérance de vie d’une personne après la retraite, pour que son avoir de prévoyance couvre sa rente jusqu’à sa mort. Un taux de conversion de 6.8% permet de verser, à nouveau hors rendement, une rente pendant 14.7 ans, et un taux de conversion de 6% pendant 16.6 ans. Les dernières statistiques montrent pourtant que l’espérance de vie d’un homme de 65 ans en Suisse est de 19 ans, et de 22 ans pour une femme. Pour assurer une rente pendant 20 ans, il faudrait un taux de conversion de 5%.

Vous aurez remarqué que j’ai écrit deux fois « hors rendement ». Car outre les cotisations de l’employeur et de l’employé, la caisse de pension est censée obtenir un rendement sur ses avoirs. L’importance de ce troisième cotisant est loin d’être négligeable, car à 1% pendant 40 ans, l’avoir de prévoyance (selon le minimum LPP) atteint 588% du salaire assuré au lieu de 500%. Un rendement de 2% porte l’avoir à 699%, un rendement de 3% à 839% et un rendement de 4% à 1018%. Ce rendement de 4%, minimum garanti jusqu’en 2002, permettait ainsi de doubler la rente. En 2017, le taux d’intérêt minimum de 1%, s’il durait 40 ans, ne permettrait même pas de majorer de 20% la rente. Le rendement est aussi essentiel pour permettre un taux de conversion plus élevé qu’une simple inversion de l’espérance de vie.

Que faire alors ? Dans l’environnement actuel de taux d’intérêts négatifs, les caisses de pension ne peuvent plus assurer leur rendement au moyen d’instruments financiers à intérêt fixe (obligations notamment). Elles devraient donc pouvoir investir leurs avoirs dans d’autres actifs. Mais elles se heurtent à des limites d’investissement, notamment par catégories, qui ne correspondent plus à la situation actuelle. Il serait donc bon d’assouplir ces limites, à l’image de ce que certains pays scandinaves pratiquent avec succès.

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