Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

STATUE / Frankenstein opère son grand retour à Plainpalais

Pour le moment, la statue reste emmaillotée de blanc, ficelée de toutes parts. Elle pourrait incarner le prisonnier anonyme dans un musée de la Croix-Rouge. La situation n'est pas appelée à durer. Ce samedi 17 mai, à 21 heures, l’œuvre apparaîtra dans sa nudité de bronze, sur la plaine de Plainpalais, non loin du skate parc. Une nudité tout relative! Le grand Frankenstein imaginé par le collectif genevois Klat reste très vêtu. Costume contemporain. Taille XXL. "Il s'agit de montrer à quel point le roman de Mary Shelley, écrit en 1816, est intemporel." 

Klat, c'est une aventure qui commence à durer. "Nous existons depuis 1997." Rappelons qu'il s'agit là d'un trio. "Nous n'aimons pas beaucoup que nos noms se voient cités individuellement. Nous développons des projets communs, mais il arrive que l'un d'entre nous se lance individuellement." Le triumvirat (il s'agit de trois garçons, Mass, Seni et Konstantin) n'a jusqu'ici jamais gagné le tiercé. "Nous ne sommes pas devenus célèbres. Nous n'avons pas de galeriste. Nous ne sommes pas entrés dans le marché de l'art." L'histoire n'en continue pas moins. "Nous avons réussi à survivre, sans se faire jeter."

Quatre ans de discussions

Avant ce Frankenstein pérenne, il a existé beaucoup d'installations. J'en citerai deux. Il y a quelque années, Klat déployait un énorme boyau à travers le Centre d'art contemporain, au BAC. En 2012, il créait un jardin potager éphémère (et sonore) au parc Geisendorf. "Le Fonds municipal d'art contemporain a voulu posséder une de nos pièces. Nous n'en avions aucune de disponible. Les Pieds nickelés (des malins, des intelligents qui sont trois, eux aussi) de l'art ont donc conçu un projet. Ils l'ont apporté à Michèle Freiburghaus, la directrice du FMAC. "Elle nous a tout de suite soutenus." 

De quoi s'agissait-il? D'un bronze représentant la créature du baron Frankenstein. Une statue tout ce qu'il y a de plus figuratif. Comme nous sommes à Genève, l'affaire a traîné quatre ans, avec des hauts et surtout des bas. "Nous n'avions pas envie d'une pièce de plus qui traînerait dans une cave, vu que le FMAC ne dispose pas de lieu d'exposition." Klat voulait l'espace public. "C'est une création pour les Genevois, sur un thème après tout genevois." Seulement voilà Même si les parcs peuvent parfois apparaître comme des dépotoirs à sculptures (je ne donnerai pas de noms), la chose semblait ici poser des problèmes...

Un lieu qui se justifie 

L'accord a fini par se faire sur la plaine de Plainpalais. Un accord laborieux. Rémy Pagani ne voulait pas que l’œuvre (300 kilos!) avance trop loin sur le gravier rose. Il s'agit avant tout de louer cet espace, notamment au cirques. Il a donc fallu se rabattre sur les bords. Le monstre, qui n'en est pas un ("Frankenstein est né bon, c'est le rejet par les hommes qui l'a incité à tuer"), demeurera ainsi en permanence face aux adolescents du skate parc et aux promeneurs se rendant aux Puces, le mercredi et le samedi. "Le lieu a son sens. C'est à Plainpalais que la créature élimine le frère cadet du baron, avant de sauter sur le Salève." 

Ce samedi soir, les spectateurs de "La Nuit des musées" (un événement genevois annoncé par une affiche et une brochures particulièrement laides et vulgaires, dues à l'équipe lausannoise de Trivial Mass) découvriront la chose dès 21 heures. Discours, suivis du dévoilement et d'un événement à la fois lumineux et musical. Ce sera comme dans le livre, "qui n'a strictement rien perdu de sa force." Deux grosses bobines électrostatiques viendront jeter des éclairs sur Frankenstein, sans toutefois l'amener à la vie. Puis il y aura la musique de Dylan Carlson. "C'est un projet dans le projet. L'entreprise dure depuis si longtemps que la statue est terminée dans nos têtes depuis au moins deux ans. Il fallait lui trouver un prolongement."

Fonderie genevoise 

Voilà. Je ne dirai rien de la vague polémique trouvant la statue trop chère et peu utile. Elle coûte moins que le salaire annuel de certains fonctionnaires municipaux, dont l'utilité reste parfois à démontrer. Je terminerai donc en citant le fondeur, qui est d'ici,ou presque. Il s’agit de David Chojnacki, de Sciez. "Les pièces, moulées sur un plâtre retouché à la cire, ont été coulées en morceaux séparés, ce qui nous semble hautement symbolique."

Pratique 

Plaine de Plainpalais, le samedi 17 mai à 21h. Sculpture ensuite visible tous les jours, "pendant au moins trois siècles". Photo (Ville de Genève): Un détail. Pour en voir plus, allez à Plainpalais.

Ceci vient s'intercaler. Le dimanche 18 mai, comme prévu, le livre de Claudie Gallay sur Roman Opalka.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."