Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

Start-up suisses: changement d’échelle

C’est fait! La classe des anciens élèves des 50 start-up sélectionnées par Bilan depuis cinq ans compte une entreprise valorisée plus d’un milliard de francs. Choisie en 2014, MindMaze est devenue la première «licorne» suisse. 

Au-delà du symbole – et des limites du phénomène: les 40 milliards que vaudrait Uber n’empêchent pas les polémiques sexistes ni les procès en sorcellerie politique avec Trump – il est encourageant de voir s’étendre en Suisse l’enthousiasme des investisseurs qu’on croyait limité aux rives du Pacifique. Voir le logo géant de Sophia Genetics – un autre «alumni» des 50 start-up – s’afficher sur l’ancienne tour Castolin signale le renouveau économique.

Nos start-up portent sans doute des habits moins sexy que celles de la Silicon Valley. Elles sont plus souvent construites sur une base scientifique que sur un modèle d’affaires «disruptif» à cause du vivier que constituent nos universités technologiques ainsi que nos grandes boîtes (pharmas mais plus seulement). Mais elles ont l’avantage de la substance. Le défi est maintenant de les voir relayées par de la croissance. Cela passe par des investissements de croissance et donc une prise de risque plus importante que commencent à prendre des (réputés) conservateurs family offices.

Frappant dans notre sélection est aussi la part prise par les fintechs. Les technologies de l’information visant le consommateur final étaient notoirement une faiblesse de l’écosystème suisse. Les modèles d’affaires de l’e-commerce ou de l’économie collaborative sont basés sur les volumes.  Apparaissant simultanément partout à la fois, les start-up de ces secteurs nées en Amérique mais aussi à Londres, Paris ou Berlin ont l’avantage de marchés de masse. Pour autant, le savoir-faire financier helvétique, la marque et la nécessité de se réinventer poussent à une saine créativité jusque dans l’assurance et même l’immobilier. 

Autre constat, qui plus est cohérent avec les observations du Swiss Venture Capital Report de notre partenaire Startupticker, la robustesse des sciences de la vie. Avec cependant un trou d’air inexplicable du côté des technologies médicales. Ajoutons à ces observations une forme de maturité des modèles d’affaires dans les technologies environnementales où les rêveurs laissent la place aux ingénieurs. 

Pourtant, il continue de manquer un pignon essentiel pour que tout l’écosystème change de braquet. Le capital d’amorçage est là mais pas celui de croissance, investissant entre 5 et 15 millions, ou plus. L’initiative Scale-up d’Innnovaud y pallie mais reste isolée. Il est plus que temps que le Fonds suisse d’avenir émule d’autres investisseurs pour que le changement d’échelle esquissé par MindMaze devienne la règle plutôt que l’exception.  

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