Mary Vacharidis

JOURNALISTE

Journaliste chez Bilan et community manager pour le site bilan.ch, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

Sport: le culte de la compétitivité

A quand remonte la dernière fois que vous avez rencontré un cadre d’entreprise en surpoids? Dans les années 1980, ils étaient pourtant légion. Abonnés aux bonnes tables qu’ils fréquentaient en compagnie de la clientèle, ils avaient des horaires à rallonge qui leur interdisent l’alimentation équilibrée autant que la pratique du sport. Que tout cela paraît loin. Le CEO d’aujourd’hui se doit d’être un athlète qui alterne les ascensions de 4000 m avec expéditions en héliski et escapades en kitesurf. Ce sportif de haut niveau court chaque semaine sur des distances bien supérieures au marathon. Ce meneur travaille tout autant que son homologue des années 1980. Mais il dort moins et sacrifie vie privée et sociale à l’obsession de ses performances. Ce constat vaut autant pour les politiques que pour les managers. 

Notre dossier: Sport: (se) dépenser plus

En 2016, une pratique intensive du sport et un physique émacié sont devenus des critères de succès aussi importants qu’un MBA de Harvard couplé à un puissant réseau. Dans les sphères du pouvoir, le muscle luisant reste mal vu. En revanche, une silhouette décharnée symbolise des capacités d’endurance hors normes et une combativité à toute épreuve. Le signe de la réussite complète de l’individu. Il ne s’agit pas vraiment d’un culte du corps mais plutôt de la compétitivité. Une dimension intégrée à tous les aspects de la vie socioprofessionnelle. 

Tyrannie ou plaisir?

Si les élites se conforment de leur plein gré à ce système de valeurs, d’autres catégories d’actifs peuvent ressentir cet impératif comme une tyrannie. Les premières dérives s’observent déjà aux Etats-Unis. Acteur majeur du fitness connecté, le californien Fitbit s’est associé à des entreprises (Autodesk ou Tokyo Electron). Ces compagnies distribuent à leurs collaborateurs les bracelets mesurant notamment le mouvement.

S’ils sont en forme, les employés présenteront un meilleur rendement et sont moins souvent malades. A Londres, l’assurance PruHealth propose quant à elle à ses clients un podomètre permettant de gagner des «points vitalité». L’assuré obtient en échange des réductions sur des articles de sport, des tickets de cinéma ou des billets Eurostar. Des idées qui sont d’ores et déjà évoquées en Suisse aussi.

Comment nier les vertus du goût de l’effort physique et du souci de la santé? Si l’individu vit et réussit mieux grâce au sport, c’est tout bénéfice pour l’ensemble de la société. Cependant, l’impératif du dépassement de soi semble avoir évacué la notion de plaisir. Une réalité qui fait miroir à la surexposition de nos vies sur les réseaux sociaux. Le plaisir, ça se ressent à l’intérieur de soi et loin du regard des autres. N’y renonçons pas. 

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