Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

SOS hôtesses

La vague de fond de l’affaire Weinstein continue à faire des victimes. Les dernières en date sont les hôtesses du Salon de l’automobile de Genève (ou GIMS, Geneva International Motor Show, de son nom officiel). Jusqu’à l’édition 2017, elles trônaient sur chaque stand, posant à côté des voitures dans des postures suggestives et des tenues qui n’avaient souvent pas grand-chose à voir avec l’univers automobile. Et permettaient à des visiteurs en mal d’inspiration de photographier autant leur robe, leur décolleté ou leur brushing que les rétroviseurs, la calandre ou les jantes des bolides. A l’exception de quelques marques qui s’obstinent à considérer les femmes comme des faire-valoir de mécaniques vrombissantes, la plupart des «potiches malgré elles» ont disparu des podiums. Certaines marques comme Lexus ou Fiat Chrysler ont même communiqué sur leur choix de renoncer aux hôtesses.

Une association féministe, l’Escouade, a lancé le hashtag #hostessnotobject et a obtenu des organisateurs de Palexpo que des messages (en allemand, anglais, français et suisse allemand) contre le harcèlement soient projetés sur des écrans pendant le GIMS, incitant les visiteurs à se comporter dignement et à parler automobile avec les hôtesses qui ont survécu sur certains stands.

Il est désormais possible de se balader dans les allées du salon sans perturber le shooting lubrique d’un quinquagénaire zurichois en mal de fantasmes ou de subir les sempiternels et grotesques jeux de mots sur les «airbags» et autres «pare-chocs» de mâles genevois sans imagination. Tout bénéfice, en somme, pour le vrai amateur de voitures qui peut se focaliser sur l’automobile, son aérodynamisme, sa motorisation et ses options. 

Un événement encore plus masculin

Mais les femmes bénéficient-elles de cette disparition des hôtesses? Ce job (répandu aussi dans les salons horlogers et autres grandes manifestations commerciales) constitue un revenu d’appoint non négligeable pour nombre d’étudiantes. Supprimer leur présence les précarise. 

N’aurait-il pas été plus utile pour tous (marques, visiteurs et hôtesses) de leur offrir des tenues qui ne les cantonnent pas au rôle d’objet sexuel et de leur confier un réel rôle de conseil aux visiteurs? Trop souvent jusqu’à présent, elles n’étaient là que pour poser et, éventuellement, chercher des conseillers (mâles évidemment) en cas de question du public. Aurait-il été si coûteux pour les marques de leur offrir deux jours de formation sur les nouveaux modèles pour qu’elles connaissent la puissance, le poids, les options, la consommation ou le couple de ces voitures? 

Car cette disparition des hôtesses rend cet événement encore plus masculin. Alors que les études prouvent que  la voix des femmes est désormais aussi importante dans le choix d’un modèle de voiture que celle des hommes… Et bénéficier d’un avis féminin ne serait pas un luxe, mais un vrai plus. Pour les hommes comme pour les femmes. 

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