Mark Ditlli

RÉDACTEUR EN CHEF DE FINANZ UND WIRTSCHAFT

Mark Dittli a étudié l'économie d'entreprise à la HES de Winterthour et le journalisme à la New York University. Il rejoint le magazine économique alémanique Finanz und Wirtschaft en 2000 en tant que rédacteur à la rubrique suisse. Il devient ensuite correspondant aux Etats-Unis pendant cinq ans en charge des affaires économiques et financières. Mark est nommé rédacteur en chef du magazine en 2011.

Sortir du dilemme bancaire

La Suisse se trouve au seuil d’un débat important. Avec au centre une question: dans quelle mesure, six ans après le point culminant de la crise financière, des instituts comme UBS ou Credit Suisse représentent-ils encore un risque pour l’économie? Le Conseil fédéral devra indiquer au Parlement les éventuelles adaptations nécessaires de la législation suisse «too big to fail» (TBTF).

Le groupe d’experts emmené par le professeur d’économie Aymo Brunetti a d’ores et déjà conseillé de renforcer certaines dispositions. Il mérite d’être soutenu.

Les banques, elles, feront du lobbying. Elles diront qu’elles en ont fait suffisamment. Elles se plaindront de distorsion de concurrence avec les banques étrangères et feront peser la menace d’une dégradation de l’économie si le régime TBTF était renforcé. Le débat tournerait autour du dilemme entre «plus de réglementation» et «plus de marché». Mais cet arbitrage présumé n’existe pas. Le marché veut la même chose que le régulateur: des banques mieux capitalisées et aux orientations plus claires. UBS et Credit Suisse seraient bien inspirées de prendre ce signal au sérieux.

Octobre 2008. La Suisse a vécu une expérience de mort imminente, la Confédération et la Banque nationale ayant dû sauver UBS en débloquant un capital de plus de 60 milliards de francs. La Suisse a ensuite revêtu un rôle de pionnière mondiale dans la résolution du problème des TBTF. En mars 2012, la loi exigeant une meilleure capitalisation des banques systémiques est entrée en vigueur. Convaincues que les autres pays iraient moins loin que la Suisse, les grandes banques ont  introduit une clause obligeant le législateur à réadapter, le cas échéant, la loi trois ans après son entrée en vigueur.

Le temps est venu de procéder à cette réévaluation. Objectivement, on constate que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la Suède sont allés parfois plus loin dans leurs prescriptions en matière de capitalisation. En comparaison internationale, la Suisse n’est plus à la pointe. Certes, UBS et Credit Suisse ont réagi, renforçant leur coussin de fonds propres, restructurant leur organisation. Elles sont  plus robustes qu’il y a six ans, cela mérite d’être reconnu. Cependant, cela ne suffit pas.

Il n’existe pas de méthodes globales pour isoler, assainir ou développer une banque systémique. En cas d’urgence, on peut craindre le chaos. «Actuellement, la liquidation méthodique d’une grande banque suisse est impossible», constate le rapport Brunetti. Suite à l’absence de telles méthodes, la probabilité qu’une grande banque ne devienne insolvable doit être abaissée. Cela ne peut advenir que par le biais de coussins de capitaux propres plus épais. A cet égard, UBS et Credit Suisse sont bien pourvues – seulement si l’on considère leur bilan sur une base pondérée. Sous l’angle du ratio de fonds propres non pondérés, elles sont toujours aussi faibles.

Placés face à la nécessité d’éviter des prescriptions plus dures en matière de fonds propres, les dirigeants des banques doivent garder à l’esprit ce que leurs actionnaires veulent. La meilleure réglementation est celle qui est prescrite par le marché: une assise financière solide récompensée.

Les banques particulièrement bien capitalisées - Wells Fargo aux Etats-Unis, UBS en Europe - jouissent d’une valorisation élevée en bourse. Dans leur intérêt, les conseils d’administration des banques doivent favoriser la constitution de capitaux. Le marché leur lance un second signal tout aussi clair: les banques universelles sont pénalisées par une décote. Banques de détail, asset managers, banques privées sont mieux valorisés en bourse que les grands colosses. Et si ce n’était pas le régulateur mais le marché qui indiquait le chemin?

Supposons qu’une banque universelle décide de se diviser et soit pour cela récompensée par une prime à la valorisation: la pression de la part des actionnaires des autres grandes banques pour qu’elles en fassent de même grandirait – et un colosse après l’autre se scinderait en unités plus petites, agiles et mieux ciblées. Les dinosaures et avec eux le problème des TBTF disparaîtraient. Non pas grâce à l’ardeur du régulateur, mais par pure sagesse économique.

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