B3 A2921

Cinéaste

Née en Tunisie, à l’âge de 8 ans j’ai déménagé en Suisse. C’est la que mon monde a profondément été ébranlé pour la première fois. A 24 ans, seconde crise identitaire, je décide de partir m'installer à Londres, ville dans laquelle j’ai vécu 6 ans. Il est donc naturel que je souhaite explorer, à travers mes oeuvres, les fondements mêmes de notre identité en tant qu'être humain.

Après avoir été engagée en tant qu’assistante plateau pour Fashion One TV en 2013, la chaîne m’a ensuite promue en tant que monteuse vidéos. Grâce à mes diverses expériences, j’exerce depuis quatre ans en tant qu’auteure-réalisatrice indépendante et videaste free-lance. Mon engagement pour les femmes dans le milieu audiovisuel se fait auprès de SWAN, Swiss Women's Audiovisual Network.

Mon travail est diffusé sur l’une des plus grandes plateformes digitales de musique 4:3 Boiler Room TV ainsi que sur Videostatic et j’ai remporté 7 prix pour ‘Meilleur clip vidéo’. Mes clients sont entre autre la BBC UK, The Alphabet Collective, Bilan Magazine et TEDx.

Terrence Malick - The tree of life

Découvrir le travail de Terrence Malick avec son film “The tree of life” a été une aubaine, un bouleversement croissant. Terrence Malick a créé une oeuvre qui a dépassé mon ego, traversé mon subconscient pour s’installer tout droit dans mon inconscient. The tree of life, la première fois que je l’ai visionné, et toutes les suivantes, m’a ramené au Divin.

Une narration faite grâce à une kyrielle d’images qui se succèdent. La beauté de la biologie et de l’espace capturée en micro et macro photographie, la dynastie des dinosaures pour rappeler l’impermanence de la vie, sa délicatesse et son ampleur. Assahis d’effets spéciaux subtiles et abstraits, de couleurs vives et particulières, de lumières parfaitement nuancées, on ne comprend pas tout, pas tout de suite.

Cela fait trente minutes que je suis assise dans la salle de cinema, trente minutes que je suis perplexe. Je lutte pour que mes paupières restent levées. La salle est pleine, silencieuse, attentive ou ennuyée, peut être les deux. Certaines personnes s’en vont, d’autres parlent. Je m’assoupis et reviens à moi comme ça pendant la première heure et demi du film qui durera 188 minutes.

Les visuels ressemblent à de superbes aquarelles et sont accompagnés d’une musique toute aussi divine. Terrence Malick sous-titrera son récit avec une bande originale et des requiems sensationnels.

Je suis dans l’expectative d’un rebondissement, une explication qui justifiera enfin pourquoi je suis là et qu’est ce que ce film tente de me raconter, curieuse de savoir s’il m’apportera quoi que ce soit, hormis ces incessants bâillements.

Des personnages apparaissent enfin et je comprends que nous sommes entrés dans la vie d’une famille. Une famille qui semblerait avoir vécu un deuil. Un deuil qui éclate les liens des êtres qui le subissent. Un deuil qui, comme s’il fallait réserver ton son amour à celui qu’on a perdu, ne nous en reste plus et nous empêche alors d’aimer encore dans cette vie, sur cette terre.

Jessica Chastain exhibe une chevelure et un visage angélique, une attitude de femme soumise et une mère profondément aimante. Brad Pitt est présenté comme jamais, dur et sensible. Leurs trois garçons, également beaux et coquins, incarnent l’innocence et la fragilité de l’enfance. Sean Penn interprète l’un des trois garçons, Jack, dans des flashbacks de lui, plus vieux. Il se retrouve souvent dans un contexte immatériel, un désert blanc qui évoque une émotion mélancolique ou sereine, selon l’état dans lequel on est, selon ce que l’on pense de la mort. En voix-off, la signature de Terrence Malick, Jack relate ses pensées sur la vie et sur la mort qui l’ont touché: le décès de son frère, et puis de sa mère. Le passé et le présent se mélangent dans The Tree of Life, comme si l’auteur voulait nous rappeler que la notion de temps n'existe pas vraiment.

Ce film, vous l’aurez compris, est une ode à la mort et paradoxalement, à la vie. C’est là que demeure la prouesse du travail de Malick. Comment condenser le sens de la vie dans un récit cinématographique de seulement quelques heures. Avec notre esprit si binaire, continuellement en dualité, bien ou mal, haine ou amour, femme ou homme, Terrence Malick nous pousse à nous regarder et à nous comprendre de plus haut, de plus loin.

Dans le vent qui caresse les feuilles d’un arbre, dans l’eau qui glisse sur le sable, à travers un volcan qui explose, ou encore à la vision de gargantuesques dinosaures régnant dans une terre d’autrefois, encore pure et stérile de l’action des hommes.

Sans m’en rendre compte, je suis transportée dans une autre dimension, inconnue et à la fois si familière. Les barrières sont dissolues, tout ce que je sais, je ne sais plus, tout ce que je ressens est juste, sans jugement, sans résistance, simplement juste.

De simples paroles comme ce mot AMOUR, AMOUR AMOUR AMOUR, en voix off retentit en moi comme si je l’entendais pour la première fois, à chaque fois.

A cette époque, je ne connais rien à la spiritualité mais je connais la mort et l’amour. Quand on y pense, deux mots qui semblent opposés mais qui, ne changeant qu’une seule et unique lettre, deviennent les mêmes.

Ne voilà pas que Terrence Malick nous fait la preuve de l’existence de quelque chose de plus grand que nous, quelque chose d’intangible, imperceptible et pourtant si fort et si réel.

Terrence Malick matérialise Dieu et tout ce qu’Il signifie dans The Tree of Life. Ni femme ni homme, ni physique ni chimérique, ni bon ni mauvais, et à la fois tout en même temps. La vie étant un paradoxe absolument parfait, Terrence nous le traduit avec excellence dans son chef d’œuvre. Un film que certains trouveraient dénué de sens mais qui est d’une profondeur infinie.

Je sors de cette séance de cinéma et je marche, le regard fixe, mon mental et mes pensées suspendus. Mon cerveau joue encore cette musique et les paroles du film résonnent dans mon esprit.

Soudain, et à ma plus grande surprise, j’explose en larmes. Je suis complètement bouleversée, chamboulée, ébranlée par ce dont à quoi je viens d’assister. Trois heures d’amour, de paradoxes, de beauté qui se sont transformées en éveil. Un film non, une expérience qui restera à jamais gravée, non pas dans ma tête, mais dans mon coeur.

En rentrant à la maison, je tape le titre du film que je viens de voir sur Google pour en savoir plus, en avoir plus. Je découvre le verdict du jury du festival de Cannes qui lui accordera la palme d’Or, ce qui confirme encore que mon expérience a bel et bien existé!

Je crois toutefois percevoir le réel secret de la magie de Malick. Car elle ne réside pas seulement dans le choix de ses plans, ses angles, ses mouvements de cameras, ses paysages, ses acteurs, ses costumes et ses époques. Au vu de ce que Malick crée, je dirais que lui et son équipe ont passé plus de temps à scruter, créer et synchroniser les sons de chaque scène de son film que de les tourner.

La façon dont il amène son audience à aller au de la de ce que le visuel peut procurer est si unique et subtile. Il a compris comme personne que la photo n’est que la demi valeur d’un film. Le design du son, les bruitages, les silences, la musique, le choix des murmures pour exprimer les pensées des personnages en voix off, le niveau du son quand les cris et hurlements se font, la pertinence de la désynchronisation des sons avec les visuels. Tout, absolument tout dans Tree of Life nous ramène à un phénomène remarquable, le moment présent.

Ekart Tolle nous le dit depuis des années, la libération de l’être est dans l’instant présent. Et si vous cherchez à savoir comment dompter cet art, Malick vous le dit en image et en mélodies, de façon organique et naturelle, pour que la prochaine fois que vous lèverez les yeux au ciel et apercevrez un vol d’oiseaux, vous le regardiez avec contemplation.

Terrence nous montre tout ce que nous ne regardons plus. Le miracle de la vie se produisant tellement en permanence, tout autour de nous, que nous ne le voyons même plus, le prenant pour acquis.

Des années plus tard, je participas à un weekend de méditation à Oxford au Royaume-Uni et les mêmes symptômes que j’avais durant la séance de The Tree of Life m’assommaient à nouveau. Assoupissement, tête qui se balance, lutte contre le sommeil. J’ai compris que mes bâillements n’étaient autre que le souffle de Dieu qui me traversait à chaque fois que je me connectais à lui.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."