Mark Ditlli

RÉDACTEUR EN CHEF DE FINANZ UND WIRTSCHAFT

Mark Dittli a étudié l'économie d'entreprise à la HES de Winterthour et le journalisme à la New York University. Il rejoint le magazine économique alémanique Finanz und Wirtschaft en 2000 en tant que rédacteur à la rubrique suisse. Il devient ensuite correspondant aux Etats-Unis pendant cinq ans en charge des affaires économiques et financières. Mark est nommé rédacteur en chef du magazine en 2011.

Sodome et Gomorrhe

Le secteur bancaire ne retrouve pas la paix. Les scandales s’y succèdent sans discontinuer. Les autorités du monde entier poursuivent les grandes banques pour avoir manipulé le taux Libor. Les signes selon lesquels plusieurs instituts auraient triché sur le marché des devises se multiplient.

Aux Etats-Unis, une banque après l’autre conclut des arrangements financiers colossaux pour se dédouaner d’avoir vendu, juste avant la crise, des crédits hypothécaires de mauvaise qualité. Le secteur renvoie une image lamentable et les observateurs externes finissent par considérer le secteur bancaire comme une réincarnation de Sodome et Gomorrhe.

Le secteur financier a été soumis à de nouvelles réglementations. Mais ce ne sont pas les cadres réglementaires internationaux, à l’instar de Bâle III, qui importent: il serait dangereux d’imaginer qu’un éventail de nouvelles règles puisse remettre sur pied la finance mondiale. Les problèmes sont plus profonds. Le secteur des grandes banques se distingue par deux particularités: des structures concurrentielles bétonnées, et une profusion d’incitations douteuses liées  au système.

Les grandes banques se meuvent dans un univers cloisonné à l’intérieur duquel elles jouissent de marges plus que confortables. Certes, la concurrence s’est durcie. Mais, pour les nouveaux compétiteurs, les obstacles à l’entrée sont très élevés. Il n’y a aucun espoir de voir débouler de nouveaux acteurs capables de mettre au défi les forces en présence.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, aucun nouvel arrivant digne de ce nom ne s’est imposé, et ce pas plus aux Etats-Unis qu’en Suisse. On a certes assisté à des mégafusions, mais le nombre de jeunes challengers se résume à un chiffre: zéro. Ce genre de relations incestueuses serait impensable dans les autres branches.

Ces structures sont accompagnées de méthodes archaïques. Même l’observateur le plus naïf se frotte les yeux en apprenant que le taux de référence le plus important du monde, le Libor, est déterminé quotidiennement à l’aide d’une autodéclaration des seize membres d’un club de banquiers londoniens.

Ce qui est frappant dans des scandales comme celui du Libor, ce n’est pas tant que certains négociants exploitent le système, mais que, dans les grandes banques, l’ensemble de la chaîne de commandement s’est montré aveugle face aux abus. Parce qu’au final tous en profitent? Ce défaut de lucidité a donné au management l’opportunité de rejeter toute la responsabilité sur une poignée de collaborateurs. Piquant.

Instaurer le libre marché

L’évolution de la rentabilité du secteur des grandes banques est un jeu pitoyable à somme nulle. Toutefois, les années de gains et de pertes se succèdent de manière asymétrique: les banques engrangent pendant plusieurs années de suite des profits colossaux distribués sous forme de bonis et de dividendes. Puis, environ tous les dix ans, le secteur subit une crise qui réduit à néant tous les bénéfices.

Ainsi, dans les bonnes années, les dirigeants des grandes banques sont incités à prendre des risques jusqu’aux limites du permissible et à maximiser leurs bonis. Ils sont également convaincus que l’Etat sauvera les banques qui présentent un risque systémique. Ce qui encourage la branche à braver tous les vents. Et il faut bien constater qu’après 2008 aucun changement majeur n’a été apporté, ni à la structure concurrentielle ni au système d’incitation des grandes banques.

Il est possible d’améliorer le système des bonis et d’aligner les incitations offertes aux banquiers et les intérêts de leurs clients. Le moyen le plus efficace serait d’instaurer le libre marché, c’est-à-dire une concurrence accrue de la part de nouveaux acteurs qui attaqueraient le statu quo. De ce point de vue, aucune nouvelle réglementation ne pourrait mieux déployer son impact que si des entreprises comme Google décidaient de mener des activités bancaires. Ce ne sera, espérons-le, qu’une question de temps.

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