Mary Vacharidis

JOURNALISTE

Journaliste chez Bilan et community manager pour le site bilan.ch, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

Sociétés suisses: une opacité regrettable

C’est le professeur Stéphane Garelli qui nous a suggéré d’enquêter sur la provenance des propriétaires des sociétés suisses, dans le cadre de notre opération «Comité éditorial» (lire pages 8 et 38). En plongeant dans les rapports annuels de Novartis, Nestlé, UBS et consorts, nous pensions certes trouver d’importantes participations de fonds d’investissement étrangers ainsi que de fonds souverains, notamment le puissant fonds norvégien. Or, la réalité dépassait de loin nos attentes.

Ainsi, du point de vue de l’actionnariat, Novartis n’est pas suisse mais américaine. Les Etats-Unis détiennent une part de capital supérieure à celle de la Suisse. Il apparaît que dans la plupart des firmes cotées les investisseurs helvétiques ne contrôlent plus la majorité absolue du capital-actions.

Les Etats-Unis et plus généralement les investisseurs anglo-saxons s’approprient la part de lion de l’ensemble des 20 sociétés de l’indice boursier SMI (Swiss Market Index). Les Suisses n’ont plus de majorité de contrôle que dans des sociétés de type familial, comme Roche et Swatch Group.

Outre les gigantesques fonds de pension américains, la Suisse attire aussi les fonds souverains, par exemple celui de Singapour qui possède 7% d’UBS. Ces fonds proviennent d’un excédent de devises lié à une balance courante excédentaire ou d’une abondance de revenus issus du pétrole. Premier actionnaire de Credit Suisse avec plus de 5% du capital, le fonds du Qatar a aussi acquis de nombreux établissements de luxe en Suisse.

Ce nouvel équilibre des forces financières au sein de nos compagnies entre en résonance avec l’initiative Minder votée par le peuple en 2013. La Suisse figure maintenant parmi les rares pays où les administrateurs sont soumis à réélection chaque année et où les rémunérations sont approuvées par l’Assemblée générale. Si les Anglo-Saxons estiment que de bonnes performances justifient des salaires stratosphériques, les Suisses les trouvent en revanche très exagérés et seraient enclins à les refuser. Les assemblées du printemps prochain promettent d’être passionnantes sous l’angle de ce choc culturel.

Manque de transparence

Dans ce contexte de globalisation, l’opacité ambiante sur ces données devient regrettable. Six Group, société qui gère la bourse, ne dispose pas de statistiques globales sur la provenance des fonds qui alimentent la capitalisation boursière helvétique. Selon les directives en vigueur, seules les participations supérieures à 3% doivent être annoncées. Il règne parallèlement une grande disparité dans la transparence des rapports annuels des compagnies, rendant les comparaisons systématiques impossibles. Une meilleure information s’avère urgente autant dans l’intérêt de l’investisseur que celui du citoyen.

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