Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

SOCIÉTÉ/Des afterwork au Musée d'art et d'histoire!

J'ai cru avoir mal vu, ou mal lu, en voyant l'affiche (1) sur un tram. Eh bien non! Mes nouvelles lunettes ne m'ont pas trompé. Le Musée d'art et d'histoire (MAH) se lance bien, avant la fermeture prévue le 31 décembre (2), dans les afterwork. Le premier d'entre eux, patronné par One FM, se déroulera le 1er octobre. Il aura comme thème «Le voyage en Italie». De 18h à 22h, il proposera les services d'un DJ, des happenings et des plats comme des vins transalpins. Le tout se voit bien sûr placé sous le signe de la «dolce vita». Mais les mêmes mots ne couvraient-ils pas, il y a encore quelque jours, une exposition du Musée d'Orsay dédiée à l'Italie des années 1900 à 1940... 

Il n'y aura pas qu'à boire et à manger, à tous les sens du terme. Je reprends les mots du site de One FM. «Des «speed dating», un brin décalés avec les œuvres, vous feront tomber en amour.» Voilà le MAH mué en club échangiste! «Ces nouveaux rendez-vous permettront aussi de se détendre, de s'amuser, d'aller de découverte en découverte, de partager et de rire dans un cadre exceptionnel.» Notez que la chose se pratique depuis longtemps au Victoria & Albert de Londres, le vendredi soir. Mais les hôtes sont ici limités aux immenses halls. Défense d'aller plus loin le verre à la main.

Course après la mode 

Je n'ai personnellement rien contre les afterwork, même s'il me semblent constituer la manière la plus artificielle de tisser des liens avec les réseaux sociaux. Il me semble cependant qu'il existe assez de bars à Genève pour en faire. Il suffit de se promener dès 18 heures sur le quai des Bergues ou le long du boulevard Georges-Favon. Faut-il vraiment que le MAH, où l'on ne sait plus trop s'occuper des fondamentaux que restent les collections ou les expositions, saisissent la dernière mode du moment, un peu comme un noyé saisit la corde de sauvetage? Découvrir «le musée par des chemins de traverse» (je cite toujours One FM) offre-t-il vraiment la panacée? 

D'aucuns me diront qu'il faut démocratiser, rajeunir et repenser. On le fait en général en mélangeant tout. Le MAH se comportent finalement comme la Poste. Les PTT ne sont-ils pas aujourd'hui un lieu où l'on achète des téléphones portables, des branches de chocolat, de mauvais livres, des bijoux de pacotille et accessoirement un lieu où l'on apporte du courrier? 

(1) A propos, cette affiche est esthétiquement une réussite. Bravo au graphiste!
(2) Notez qu'il n'est plus question de fermeture dans le bulletin trimestriel du MAH qui vient de sortir...

Photo (DR): Un morceau de l'affiche apposée sur les trams.

Texte intercalaire

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