<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Si Peter Brabeck tweetait...

Je suis en train d’organiser pour Bilan un séminaire sur l’avenir de la finance et je cherche de bonnes idées. En allant sur Facebook, je vois que Patrick Odier est dispo sur le chat du réseau social. Immédiatement, le patron de l’ASB répond à mon message. «Oui, pas de problème, voyons-nous rapidement, il faut montrer que nous sommes innovants à ceux qui veulent nous botter les fesses ;-)».

Un rapide coup d’œil me montre qu’Eveline Widmer-Schlumpf est joignable et visiblement active sur WhatsApp. Elle ne sera pas en Suisse au moment de notre event mais «pas de problème, répond-elle. Je saute dans un studio d’enregistrement et je vous envoie une vidéo de trois minutes que vous pourrez diffuser.»

Cette fin de journée finit dans un éclat de rire quand je découvre le tweet de Peter Brabeck, le boss de Nestlé, suite à sa prestation de la semaine dernière où il était apparu mal en point.

Son «c’est décidé, je fais la prochaine AG avec des lunettes de soleil» suivi de «je n’avais vraiment pas bonne mine jeudi mais tout rentre dans l’ordre, pas de souci, cheers» a rassuré tout le monde sur son état de santé et l’a rendu humain et sympathique.

Tout cela n’est qu’un rêve, bien sûr. Patrick Odier n’est pas actif sur Facebook, Eveline Widmer-Schlumpf n’a signé aucune convention avec WhatsApp et Peter Brabeck a vaguement été briefé sur Twitter. Et c’est bien dommage. La communication a été la grande affaire des dirigeants suisses ces vingt dernières années.

Tous ont subi X sessions de media training, appris à parler aux journalistes, aux autorités, aux politiciens, aux ONG, même à la fanfare locale que leur boîte soutient, bref à faire passer leurs messages. Et ils se sont entourés d’une armée de communicants, prêts à faire de leur corps un bouclier contre la horde des médias. Tout cela est désormais totalement inutile, voire nocif.

Le monde des réseaux sociaux favorise la spontanéité, le second degré et l’humour. Avez-vous déjà vu un de ces trois éléments dans un communiqué de presse? 

Les dirigeants doivent s’emparer au plus vite des réseaux sociaux pour garder le contact avec la population, entrer dans les débats pour éviter des résultats de votation comme celle du 9 février et parfois parler d’eux et de leur sphère privée quand celle-ci déborde sur leur vie publique. Même le pape a compris cela. Et qui a envie de se faire dépasser par un gars de 78 ans? 

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