Laurent Bakhtiari

MARKET ANALYST

Laurent Bakhtiari est diplômé d’un Master en Finance d’Audencia Nantes et d’un Master en mathématiques quantitatives d’Imperial College London. Fort d’une expérience de plus de 10 ans en salle des marchés au sein de diverses institutions financières telles que Merrill Lynch, BNP Paribas et Credit Suisse, Laurent livre régulièrement, à destination des médias et des clients, des analyses de marchés ainsi que des analyses macro et microéconomiques.

SFR – Bouygues : une tentative vouée à l’échec

Dimanche 21 juin, le groupe Numericable-SFR a offert 10 milliards d’euros à Bouygues pour racheter sa division Telecom. C’est un curieux revirement de situation. En effet, Numericable-SFR appartient au groupe Altice, qui a racheté SFR l’année dernière pour 17 milliards d’euros. Et ce, au nez et à la barbe de Bouygues Telecom (soutenu par l’Etat français), qui souhaitait également acquérir l’opérateur téléphonique. Mais est-ce qu’Altice va également voir son plan mené à bien sur ce dossier ?

La valorisation de Bouygues

Nous l’avons donc évoqué, Altice est prêt à payer 10 milliards d’euros pour racheter Bouygues. Selon la manière dont nous estimons la valeur de Bouygues Telecom, cela semble être dans le prix. En effet, cela correspond à près de 14.4 fois son EBITDA. A titre de comparaison, Orange est actuellement évalué à 13.7x son EBITDA et Iliad à 10.12x. Mais si l’on s’intéresse à sa capitalisation boursière, Free (à travers le groupe Iliad), qui a une position sur le marché assez comparable (près de 10.5 millions de clients mobiles en France), est valorisé à plus de 13 milliards d’euros. Il est également bon de noter qu’Orange est valorisée à 40 milliards d’euros avec 22.4 millions de clients mobiles en France, mais est bien plus implanté à l’international. Ainsi, le montant du deal pourrait encore être augmenté, sans que cela ne soit trop choquant.

Est-ce que ce deal a des chances d’aboutir ?

Au niveau de la transaction, probablement. Bouygues a déclaré ne pas être vendeur pour le moment, mais risque potentiellement de plier si Altice augmente drastiquement son offre. Le temps est compté, car il est dit que Patrick Drahi, le patron d’Altice, veut agir vite car il veut profiter des faibles taux d’intérêt et a peur que la volatilité s’accentue à cause de la Grèce, ce qui risquerait de faire augmenter le prix. En effet, un emprunt auprès de BNP et JP Morgan aurait déjà été conclu et il faudrait alors le renégocier.

Mais cela semble peine perdue, car le régulateur européen (Margrethe Vestager) semble très enclin à ne pas laisser passer cette fusion. En effet, elle a déjà signalé qu’elle serait extrêmement stricte sur la vague de fusions au sein du secteur des télécoms. Et un rapprochement Bouygues-SFR semblerait entraver la concurrence, bien que Free se soit engagé à racheter des éléments de SFR. De plus, le gouvernement français va probablement tout faire pour empêcher cette fusion et ce, pour trois raisons:

- La première est qu’en passant de 4 à 3 opérateurs, les prix risquent de grimper, parallèlement à la colère des français et donc rendrait encore plus impopulaire le gouvernement.

- La deuxième raison est qu’à l’automne 2015 va se dérouler des enchères de fréquences qui devraient rapporter près de 2.5 milliards d’euros à l’Etat. Mais, s’il n’y a plus que 3 acteurs, les prix vont forcément baisser et donc moins lui rapporter.

- Enfin, la dernière raison est probablement la plus grave pour le gouvernement : cette fusion provoquera à coups sûr des licenciements et, pour un gouvernement qui a fait de la lutte contre le chômage son cheval de bataille, cette fusion semble mal venue. En effet, après une augmentation en 2014, les chiffres commencent à se stabiliser. Du coup, au sein de cette stabilisation, une nouvelle baisse dénoterait beaucoup. 

D’ailleurs, Emmanuel Macron a déclaré que « le temps n'est pas à des rapprochements opportunistes auxquels plusieurs peuvent trouver un intérêt qui ne retrouve pas ici l'intérêt général ». Nous pouvons donc penser qu’il n’y a que très peu de chances pour que le rapprochement aille à son terme et soit validé par les autorités.

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