RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

Un virage égalitaire

Dès 2020, les grandes sociétés cotées devront atteindre au moins 30% de femmes dans les conseils

La Suisse n’aime pas les virages à 180 degrés. Elle n’est d’ailleurs pas vraiment bien équipée pour y faire face. Ce n’est pas la seule. 2020 devrait pourtant ressembler à tout sauf à une ligne droite. Prenons l’exemple de l’égalité hommes-femmes. Sous la pression de la rue, entre autres, les Chambres fédérales ont pris d’importantes décisions allant dans le bon sens.

Congé paternité

Premièrement, il y a d’abord eu l’acceptation d’un congé paternité de deux semaines. Quand bien même la gauche souhaitait un congé de quatre semaines, voire un congé parental qui avait l’avantage de ne pas être discriminant, cette requête a finalement passé la rampe. Un exploit !

Loi sur l’égalité

Deuxièmement, le Conseil fédéral a fixé au 1er juillet 2020 l’entrée en vigueur de la modification de la Loi sur l’égalité. Les entreprises employant plus de 100 travailleurs devront avoir exécuté leur première analyse de l’égalité des salaires pour fin juin 2021 au plus tard. Cela ne devrait concerner que 0,9% du total des entreprises de notre pays, mais 46% des employés de Suisse. Précision d’importance: cette analyse devra être vérifiée par un organe indépendant et son résultat communiqué aux travailleurs.

Code des obligations

Troisième volet de ce virage à 90 degré vers davantage d’égalité: l’acceptation de l’avant-projet de réforme du droit des sociétés anonymes et en particulier de son nouvel article 734e du Code des obligations. Ce dernier concrétise en partie l’égalité hommes-femmes inscrite dans la Constitution fédérale depuis 1981. Dès 2020, les «grandes sociétés cotées» devront atteindre au moins 30% de femmes dans les conseils d’administration et 20% dans les directions. D’après l’Administration fédérale, environ 250 entreprises seraient potentiellement concernées. Rappelons qu’au sein de nos voisins de l’Union européenne, l’objectif visé est de 40% parmi les administrateurs non exécutifs dans les sociétés cotées en bourse. Selon une étude d’EY qui a analysé 59 pays, la Suisse se classe au 56e rang en termes de représentation des femmes au sein des directions d’entreprise. Et s’agissant des conseils d’administration, elle figure au 42e rang. Certes, passer par la solution des quotas est un aveu d’échec. Mais c’est malheureusement le seul moyen de faire avancer l’exécution du mandat constitutionnel.

La Bourse suisse comprend 259 sociétés, mais 35 d’entre elles sont des sociétés établies en fait à l’étranger. Dès lors, les sociétés potentiellement concernées seront au nombre de 224. Reste ensuite à s’assurer qu’elles remplissent encore les critères de l’article 727 alinéa 1 et chiffre 2 du Code des obligations: au cours des deux derniers exercices, les sociétés doivent avoir dépassé deux des valeurs suivantes: un total du bilan d’au minimum 20 millions de francs, un chiffre d’affaires de 40 millions de francs et un effectif d’au moins 250 employés à plein temps en moyenne annuelle. Dès lors, il faudra sans doute encore retrancher une bonne partie des compagnies immobilières (17) et des compagnies d’investissement (11), voire de certaines startups. Le pourcentage de femmes présentes au sein du conseil d’administration et au sein de la direction devra figurer dans le rapport de rémunération.

Ces décisions sont un premier pas vers des entreprises mieux armées pour faire face aux nombreux défis qui les attendent, notamment celui de la pénurie de talents que l’on nous annonce.

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