RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin 2019.

Sauvons la «méritocratie»

Si la situation évolue plutôt vers le mieux, le fonctionnement de l’ascenseur social semble pour le moins aléatoire

Comme on l’entend souvent, le bon fonctionnement d’un pays peut se mesurer à l’aune de la santé de sa classe moyenne. Est-ce que celle-ci bénéficie par exemple de la méritocratie? C’est le sociologue anglais Michael Young, membre du Parti travailliste, qui a inventé ce mot dans un livre publié en 1958. Autrement dit, ceux qui ne vont pas dans les hautes écoles forment une caste d’exclus, condamnés à des emplois subalternes. Qu’en est-il? Selon une étude publiée en 2016, la méritocratie resterait relative en Suisse: si quatre personnes sur dix s’en sortent mieux que leurs parents, deux dégringolent et quatre autres restent au même niveau. Pour les personnes nées entre 1965 et 1978, 19% des hommes et 14% des femmes sont allés à l’université, contre respectivement 8 et 3% pour les hommes et les femmes nés entre 1908 et 1934. Bref, comme ces chiffres l’indiquent, la situation évolue plutôt vers le mieux. Même si le fonctionnement de l’ascenseur social semble pour le moins aléatoire.

On pourrait se consoler en se disant que la situation en Suisse semble plus favorable que chez nos voisins français, par exemple. Dans ce pays, la société est restée assez rigide. Il y a d’une part une élite formée à Sciences Po Paris, l’ENA, X, les Mines ou Polytechnique et il y a le reste de la nation. Alors que les statistiques indiquent qu’en Suisse, 40% des enfants de simples employés ou ouvriers ont vu leur trajectoire sociale grimper, en France, ce taux n’était que de 18% (données de 2009).

Cela étant, il ne faudrait pas que la Suisse s’en satisfasse. En effet, l’incitation au travail y est faible. Comme l’écrivait un de mes collègues voilà un an, «une famille de condition modeste ne récolte guère les fruits de son labeur. Lorsque son pouvoir d’achat augmente, par exemple grâce au travail de l’épouse, l’Etat s’approprie souvent un gain plus élevé que le salarié, car il verse moins de prestations et prélève davantage d’impôts.» La classe moyenne se saigne pour permettre à ses enfants de suivre des études plus poussées, sans pour autant que le pouvoir d’achat de ces derniers ne progresse. Sans parler de l’accession à la propriété qui devient toujours plus un mirage pour une partie grandissante de la population. Et, avec une hausse constante des dépenses obligatoires, à commencer par l’assurance maladie, il y a de quoi se sentir floué.

Mieux représenter la population

Comment faire pour que les efforts individuels soient de nouveau récompensés? L’urgence de la pandémie a monopolisé l’attention de nos élus, mais il convient de se réveiller avant qu’il ne soit trop tard. La Suisse, comme ses voisins, n’est pas à l’abri de «mouvements populistes». Ces derniers existent parce que la classe politique évolue souvent en vase clos. Notre pays ne va cesser de tanguer ces prochaines années, au gré des nombreux objets de votation qui viendront secouer cette tour d’ivoire.

Nos partis ne devraient pas seulement viser à mieux intégrer les femmes et les descendants des immigrés, mais aussi à présenter des candidats venant de tout bord. Aujourd’hui, nos parlements ne sont plus réellement représentatifs de la population. De plus en plus d’élus n’ont tout simplement pas ou peu d’expérience du monde du travail. Non seulement l’ascenseur social a des ratés, mais en plus, c’est désormais le déclin qui menace. La crainte de perdre le fruit de ses laborieux efforts n’est pas à prendre à la légère. Or, vivre moins bien que ses parents est inconcevable. Et pourtant…

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."