RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin 2019.

Quid de la pierre?

Quid de la pierre?

Les signaux sont contradictoires. Avec la pandémie, tout est chamboulé. Comment le secteur immobilier en sortira-t-il? Il est encore trop tôt pour le savoir. D’une part, il y a eu l’arrêt des chantiers sur Genève, avant qu’ils ne reprennent sur l’injonction de la Confédération. Entre-temps, un certain retard a été pris. Se posera alors la question de qui paiera les pénalités en cas de remise de l’ouvrage en retard? On voit mal l’Etat punir une entreprise qui n’a fait qu’obtempérer. A côté de cela, les transactions immobilières semblent atones. Pour visiter un bien, il faut prendre rendez-vous. Théoriquement, cela reste possible, mais pour un acquéreur domicilié hors du pays, impossible de faire le déplacement. Difficile de se faire une opinion en visionnant une vidéo sur son mobile…

Certains experts estiment cependant que le segment des biens de luxe pourrait s’en sortir pas si mal que cela «du fait du cercle très restreint d’acheteurs», dixit DL MoneyPark. Dont acte. A suivre. Une chose est sûre: les intérêts négatifs dominent pour longtemps le paysage des taux. Comme la construction de logements locatifs est plus facile, car très recherchée par les investisseurs institutionnels qui surenchérissent pour mettre la main sur ce type d’actifs, cela signifie que l’offre de logements en propriété restera encore insuffisante et la pénurie devrait se faire sentir. «De quoi faire augmenter à nouveau modérément les prix de la propriété en 2020», comme l’écrit un analyste de Credit Suisse dans une synthèse sur le marché immobilier suisse parue en mars.

La problématique des loyers

Parmi les autres inconnues liées à l’impact du Covid-19 sur la pierre, la généralisation quasi forcée du home office. Il est indéniable que cela va renforcer encore davantage la pression sur les surfaces de bureaux. Déjà sans le coronavirus, les observateurs prédisaient un essoufflement de ce segment en 2020… Quant aux surfaces commerciales, elles aussi seront impactées. Le boom du commerce digital était déjà impressionnant, mais avec la fermeture imposée par les autorités de bon nombre d’arcades commerciales, cela risque d’être une hécatombe. Certes, certains bailleurs vont prendre leur mal en patience, mais si un indépendant doit s’endetter pour payer un loyer sans pouvoir ensuite faire davantage de chiffre d’affaires, à quoi bon? Soit le Conseil fédéral accepte de prendre à sa charge 80% des loyers des commerces frappés par le confinement, soit ce sera une catastrophe économique. Seuls les principaux centres urbains pourraient s’en relever.

Bref, autant dire qu’à l’exception des taux d’intérêt négatifs, il n’y a rien de très réjouissant à l’horizon. La pandémie va pousser la Suisse et l’Europe dans une récession dont la durée est encore indéterminée. Son issue dépendra essentiellement de la compréhension et de la vigueur avec laquelle les différents gouvernements étatiques prendront les choses en main. La Suisse devra aussi casser son cochonnet. Soit le Conseil fédéral augmente son plan «Marshall» et le porte à 100 milliards de francs au moins, soit la récession va permettre à la déflation de s’installer. L’avenir de nos entreprises est à ce prix. Espérons que nos autorités l’ont compris.

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