RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

Philip Morris : la tête de Turc ?

Il est devenu habituel aujourd’hui d’appeler au boycott, à la démission, voire aux interdictions. Généralement ces appels viennent de milieux voulant le bonheur de la population… Ainsi, les milieux de la prévention du tabac hurlent depuis quelques jours contre Présence Suisse. Le financement du pavillon suisse prévu à l’Expo 2020 qui se tiendra à Dubaï du 20 octobre 2020 au 10 avril 2021 étant désormais le fruit d’un partenariat privé-public, des sponsors ont été recherchés. Ont répondu présent: Philip Morris International, Schindler, KGS, Nestlé, Novartis ou encore Clariant. La Confédération a demandé, et cela me semble une bonne chose, de trouver des sponsors à hauteur de 50% du budget de la participation, qui s’élève à environ 15 millions.

Avec cette polémique estivale, n’a-t-on pas à faire au mieux à une sorte de naïveté, au pire à de l’hypocrisie ou à une nouvelle forme de dogmatisme ? Rappelons que depuis 10 ans déjà le nombre de fumeurs en Suisse ne diminue plus ne manière significative. Environ 20% des femmes et 30% des hommes restent des adeptes du tabac. Pensez-vous sérieusement que ces personnes vont y renoncer parce que la publicité serait à 100% interdite, y compris le sponsoring ? Si des individus fument (ce qui n’est pas mon cas), c’est parce que cela leur apporte un certain bien-être. Ils savent parfaitement qu’abuser de la cigarette est malsain pour leurs poumons et fument en connaissance de cause. Bien évidemment, il faut continuer de protéger les mineurs, mais tenter de rendre totalement « invisibles » les cigarettiers semblent abusifs. Accessoirement, la Confédération a encaissé 2,081 milliards de francs via l’impôt sur le tabac en 2018. Une somme pas négligeable qui représente environ 10% des recettes dues à l’encaissement de la TVA ! Dénoncer le lobbyisme des fabricants de tabacs est également absurde. L’ensemble des secteurs, qu’ils soient économiques ou non, tente de défendre leurs «business». Il n’y a rien de mal à cela. D’ailleurs, actuellement aucun conseiller national n’est salarié par le secteur du tabac. Et quand bien même ce serait le cas, et alors ? Que faire alors ? Certes, il faut veiller à ce qu’un cadre bien précis existe et que les lois soient respectées, mais cette sorte de nouveau «maccarthysme», de chasse aux sorcières est exagérée.

Sérieusement, qui pourrait affirmer que si l’on cède aux pressions visant à exclure Philip Morris du Pavillon Suisse, cela aura un impact sur la consommation de tabac, que ce soit en Suisse ou ailleurs ? On aura juste cédé à un lobby qui suit sa logique de combat, sans apporter la moindre réponse à la question essentielle : pourquoi fume-t-on ? Par ailleurs, après avoir cédé aux milieux de la prévention du tabac, il faudra prochainement céder aux milieux visant à bannir le sucre et bien entendu l’alcool, mais aussi l’automobile et l’avion. Et quoi d’autres ? Que l’on se comprenne bien, je ne dis pas qu’il ne faut pas se préoccuper de la santé, du bien-être des gens ou de la planète. Mais préoccupons-nous également de garder un certain nombre de libertés, sinon demain une «dictature bienveillante» décidera pour nous d’à peu près tout.

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