RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin 2019.

Pas de place pour l’utopie

Face aux discours des «bobos» , une grande partie des électeurs seront tentés par le vote protestataire

Alors que de plus en plus de pays entament un déconfinement progressif de leur population, les intellectuels tentent de deviner ce que sera «le monde d’après». Difficile exercice. Certains profitent de cette pandémie pour se faire entendre, notamment les chantres de la croissance zéro, de la suppression des voyages en avion et des véhicules automobiles individuels. Finie la malbouffe, fini le travail à plein temps, finie la mondialisation. Comme le disait avec ironie un chroniqueur financier, «Utopistes de tous bords, le grand jour est enfin arrivé!».

Loin de moi l’idée de me moquer de ces «doux rêveurs». Il était certes agréable de voir le niveau de décibels diminuer drastiquement, tout comme la pollution. Il est indéniable que cette crise majeure aura dopé la transformation des modes de travail. Les deux tiers environ des travailleuses et travailleurs étant actifs dans le secteur tertiaire, ils pourront facilement intégrer une plus grande part de télétravail à l’avenir. A l’exception notable des frontaliers qui ne peuvent excéder un taux de «home office» de 25%, faute de quoi les employeurs font face à certaines «lourdeurs administratives».

Reste qu’il serait faux de croire que le pétrole à bon marché va encourager le développement des énergies vertes. Encore faudrait-il que les pouvoirs publics disposent de moyens conséquents pour continuer à investir massivement dans la transition énergétique, à l’image de certaines régies publiques. Dans tous les cas, les capacités de nos chemins de fer et de nos transports publics ne pourront suffire à assurer la mobilité requise à l’ensemble de la population.

Effets pervers

A court terme, le chômage va prendre l’ascenseur et la précarité des places de travail également. Or, ce n’est pas le remplacement de certains métiers par des processus automatisés (que l’on ne peut encore nommer «robots») qui va permettre d’inverser cette tendance. Ni les nouveaux jobs créés par le boom du commerce digital et les plateformes online. D’ailleurs, ni Uber ni Amazon ne sont réputés pour leur niveau de rémunération. Certains agitent d’ores et déjà leur solution miracle: un revenu minimum d’insertion. Sauf qu’ils n’ont pas réfléchi aux effets pervers de ce dernier: globalement, on peut craindre que la mise sur pied de ce système ne favorise l’abandon des conventions collectives de travail, avec une perte continue de pouvoir d’achat des classes moyennes. D’autant que ce processus a déjà été initié par la hausse constante de nos cotisations d’assurance maladie.

Alors que, d’un côté, certains «bobos» vont continuer de tenir des discours utopiques, une grande partie des électeurs seront tentés par le vote protestataire. Certains parlent de populisme. Personnellement, je trouve déplacé de juger les autres quand on ne partage pas les mêmes angoisses. Il est toujours facile de se sentir supérieur quand on n’éprouve pas les mêmes difficultés telles que nourrir les siens, payer ses factures, garder son emploi ou assurer un avenir à ses enfants. Dans le même ordre d’idées, la crainte de l’autre, de celui qui est parfois plus jeune, qui coûte moins cher n’a rien de honteux. Ce genre d’inquiétudes va jouer un rôle grandissant lors des votations et/ou élections à venir. Prenons l’exemple des objets soumis au vote le 27 septembre prochain. La population suisse sera amenée à se déterminer à la fois sur initiative populaire «Pour une immigration modérée» et sur la création d’un congé paternité de deux semaines, entre autres. Difficile de prédire ce qui sortira des urnes. Mais ne dit-on pas que le peuple a toujours raison?

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